Entretien avec... Marie-Pierre Peillon, directrice de l'analyse financière et extra-financière à Groupame AM

« Les superviseurs se préparent à gérer autrement une prochaine crise »

le 23/09/2010 L'AGEFI Hebdo

L’application des nouvelles normes de Bâle III a été lissée dans le temps avec une entrée en vigueur prévue en 2019, soit douze ans après le début de la crise. Pourquoi ?

C’est simple. Entre décembre 2009 et un projet Bâle III aux normes relativement sévères et septembre 2010 aux ratios édulcorés et lissés dans le temps, le monde a changé. Plusieurs événements importants sont intervenus, comme la crise sur les titres souverains des Etats de l’Europe du Sud qui a frappé les esprits et la prise de conscience des immenses besoins de financement des Etats sur les marchés obligataires. Ensuite, nous devons reconnaître que l’intense lobbying bancaire déployé pour l’occasion a bien joué son rôle. Mais le plus important, à mes yeux, est de voir les superviseurs se préparer à gérer autrement une éventuelle prochaine crise financière. Il est hors de question de solliciter une seconde fois les finances publiques pour régler une nouvelle crise de crédit, d’où la création d’un matelas de réserves et d’un coussin contra-cyclique.

Quelles seront les incidences des levées de capitaux sur les marchés ?

Le lissage dans le temps relâche la contrainte sur les actionnaires. Les banques vont pouvoir gérer à leur guise leurs bénéfices sur plusieurs années, les distribuer ou non. La moindre contrainte de Bâle III sur les fonds propres va ainsi permettre de relancer des dynamiques de croissance externe. Des métiers seront lâchés et les restructurations vont s’amplifier. Attendons aussi de connaître le détail des ratios de liquidité et de savoir quel sort sera réservé au principe du « too big to fail ».

Une des inquiétudes des banques concernait leur capacité à distribuer du crédit. Qu’en est-il ?

Théoriquement, il n’y a plus lieu de prévoir un impact négatif pour le crédit. Il n’y a aucun changement à signaler avant 2013, soit plus de deux années pleines sans nouvelle contrainte. En fixant l’horizon à 2019, les superviseurs ont pris soin de ne pas pouvoir se faire accuser d’étouffer la croissance. Mais le crédit est tout autant une question d’offre que de demande, c’est-à-dire de macroéconomie. Or, si la contrainte sur l’offre est levée, la demande de crédit dépend de la confiance dans la reprise économique...

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