La parole à... Monica Fan, ingénieur produit senior sur les devises chez State Street Global Advisors (SSgA), à Boston

Les stratégies de couverture dynamiques nécessaires face à la volatilité des devises

le 17/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Une seule certitude pour 2010 : les investisseurs seront confrontés à de plus grandes incertitudes sur le marché des changes. Incertitude tout d’abord quant au timing que choisiront les banques centrales pour amorcer une stratégie de sortie de leur programme de quantitative easing, incertitude ensuite quant à la pérennité de la reprise sur les marchés financiers mondiaux, et enfin la disparité croissante des taux d’intérêt dans le monde. Autant de paramètres qui sont susceptibles d’accentuer la volatilité des cours des devises l’an prochain. Les investisseurs devront également faire face à l’incertitude résultant du parcours d’un euro surévalué. Depuis 2002, l’euro s’est ainsi apprécié de 0,85 dollar à 1,60 (1) dollar, et ce largement du fait du repli généralisé du cours du billet vert. Son mouvement de hausse a été tel que les investisseurs sont désormais de plus en plus préoccupés par la surévaluation de la devise européenne.

Surévaluation

Pourtant, l’euro n’est pas surévalué de manière uniforme par rapport à toutes les devises. Ainsi, fin septembre, il se trouvait légèrement surévalué par rapport au dollar américain mais proche de sa valeur d’équilibre par rapport au franc suisse (2). Par conséquent, de nombreux investisseurs, qui jusqu’à présent adoptaient une stratégie passive de couverture de change pour réduire la volatilité des cours des devises, recherchent désormais des solutions plus dynamiques pour gérer le risque de change.

Un investisseur européen qui se serait positionné sur l’indice MSCI World ex-EMU Index entre 1987 et 2009 (3) aurait enregistré des pertes de change à la fois plus importantes et plus fréquentes que des gains. Cela provient essentiellement du fait que les rendements liés aux devises ne sont pas distribués équitablement selon une loi normale de part et d’autre d’une moyenne nulle. En effet, au cours de cette période, une majorité des rendements de devises était concentrée en territoire négatif. Cette probabilité de rendement négatif extrême est une source de préoccupation croissante pour les investisseurs. Ceux qui disposent d’une couverture de change enregistreront des pertes si l’euro se déprécie par rapport au dollar l’année prochaine, et le volume de ces pertes potentielles dépendra de la volatilité de la monnaie unique par rapport au billet vert.

Une couverture de change passive est conçue pour réduire l’impact de la volatilité d’une devise mais sans distinction aucune, à la hausse comme à la baisse, ce qui constitue l’une de ses principales limites. Cependant, la plupart des investisseurs souhaiteraient idéalement pouvoir réduire le volume et la fréquence de leurs pertes de change sans pour autant renoncer aux gains potentiels. C’est ce que permettent les stratégies dynamiques de couverture du risque de change. Une stratégie de couverture passive appliquera un ratio de couverture statique, par exemple 50 %, sur toutes les expositions au risque de change d’un portefeuille. En revanche, une stratégie dynamique ajustera de façon dynamique dans le temps le ratio de couverture appliqué à chaque paire de devises dans un portefeuille en fonction de la déviation par rapport à son niveau de valorisation neutre à long terme. Chacun de ces ratios de couverture sera systématiquement ajusté tous les mois, selon le degré de sur ou de sous-évaluation des devises. A titre d’exemple, un investisseur dont la devise de référence est l’euro pourrait couvrir 50 % de son exposition en francs suisses mais seulement 30 % de son exposition au dollar américain. Si l’euro se trouvait davantage sur (ou sous-) évalué par rapport au dollar américain, le ratio de couverture sur ce dernier augmenterait (ou diminuerait) automatiquement.

De plus en plus d’investisseurs font appel à une stratégie dynamique plutôt qu’à une stratégie de couverture passive. En effet, cette dernière leur permet de mettre en place une solution sur mesure et de gérer intelligemment et de manière proactive les écarts de valorisation de l’euro par rapport aux autres devises. 

1 Source : Bloomberg, 3 décembre 2009

2 Selon les modèles de valorisation développés en interne par SSgA

3 Source : Analyse SSgA des données Bloomberg, 3 décembre 2009

A lire aussi