Stéphane Prévost mise sur la finance citoyenne et solidaire

le 30/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Le fondateur de La Financière Responsable, une maison qu’il a voulue « tout ISR », applique une approche d’exclusion.

Stéphane Prévost est tombé très tôt dans la marmite de l’investissement socialement responsable (ISR). Entré à la Caisse des dépôts pour son stage de fin d’études, il est affecté à l’une de ses filiales, France Active, dont l’objet est de financer l’emploi dans les entreprises du secteur de l’économie sociale et solidaire et de faciliter le microcrédit en faveur de sociétés créées par des personnes en difficulté. « C’est là que j’ai appris la finance citoyenne et solidaire, souligne Stéphane Prévost. D’abord en charge de l’analyse financière de ces projets, puis chargé de mission fonds propres, je bascule au bout de sept ans dans l’‘asset management’. »

Un saut dans la gestion d’actifs que le jeune homme réalise en cogérant, avec Patrick Savadoux, le fonds Insertion Emplois de CDC Ixis AM. Une rencontre décisive. « Passé par la suite dans le giron de la toute nouvelle Natixis AM, il m’a demandé de le rejoindre pour y créer le pôle de gestion socialement responsable », rappelle-t-il. La machine est lancée. Les convictions définitivement ancrées. Puis, se sentant à l’étroit, les deux hommes décident de créer leur propre société de gestion.

La Financière Responsable, entièrement dédiée à l’ISR, naît en 2007 grâce à une rencontre avec Alain Wicker et Olivier Johanet, respectivement présidents de La Française des Placements Groupe et de la Française des Placements Investissements, qui leur permet de mettre le pied à l’étrier par l’incubation.

Puis aléas du monde financier, Patrick Savadoux quitte l’affaire et, en mai 2009, La Française des Placements se rapproche d’UFG. Olivier Johanet, qui « avait les clés de la voiture, a eu envie de la conduire », aiment-ils à rappeler. Dès mai 2009, il rejoint Stéphane Prévost, en qualité d’associé et président, sans que plus aucune relation capitalistique ne les lie à LFP.

Le premier sera en charge du développement commercial et le second de la gestion. L’un comme l’autre partagent un même objectif et une même vision de la finance. « Nous voulons donner à l’ISR un environnement de réputation professionnelle, explique Olivier Johanet. Notre conseil d’administration est pour cela ouvert à différentes personnalités telles que Guy Chartier, ancien président de OCBF (Office de coordination bancaire et financière, NDLR) ou encore Benoît Glorieux, auparavant directeur général adjoint et directeur financier du groupe Malakoff. »

Exclusion

La maison de gestion se fait rapidement une réputation en optant pour la méthode anglo-saxonne de l’exclusion. Une approche qui consiste à éliminer de facto un certain type d’entreprises.

Contrairement à la philosophie « best in class », largement répandue en France, qui retient les meilleurs élèves dans chaque secteur, c’est-à-dire les sociétés affichant le meilleur comportement et cela quel que soit leur domaine d’activité. « La philosophie ‘best in class’ est un concept trop limitatif pour les investisseurs, explique Stéphane Prévost, en ne permettant pas d’offrir une cohérence des choix ISR. Qui plus est, elle consiste très généralement à reproduire l’indice de référence. » L’exclusion intervient à quatre niveaux.

L’entreprise ne doit procéder à aucun licenciement sec, n’avoir aucun lien direct avec la production de mines antipersonnel ou de bombes à sous-munitions, ne commettre aucune infraction avérée aux principes des droits de l’Homme et donner toutes les informations nécessaires aux deux analystes de La Financière Responsable : Nicolas Haese, gérant analyste ISR, et Sébastien Duros, gérant analyste financier. Le premier intervient tout d’abord.

Car autre spécificité de cette société de gestion tout ISR, le filtre prioritairement appliqué à la zone euro qui constitue la zone géographique investissable est celui du socialement responsable. « Je croise les données officielles transmises par les entreprises avec celles obtenues par Vigeo, les syndicats, les associations environnementales », précise Nicolas Haese, un jeune homme de 29 ans pour qui la démarche ISR est apparue très tôt comme une évidence.

Après un master universitaire de développement durable, il a décroché celui de HEC. « Il me faut être là où il y a de l’argent, c’est un moyen d’avoir le plus d’impact possible », explique-t-il pour justifier sa carrière dans la finance. Une fois les données collectées et comparées, il décortique l’entreprise : évaluation du management, impact social, environnemental, relations fournisseurs…, mais aussi l’approche produit de la société, « c’est-à-dire sa cohérence positive avec son cœur d’activité », détaille-t-il, lui permettent d’émettre un avis.

Une structure ambitieuse

Pas de note, mais une classification « chef de fil, bon élève, élève prometteur, communicant, dilettante ». Il suit ainsi une centaine d’entreprises non intégrées aux portefeuilles qui pourraient faire l’objet d’un investissement et opère une veille active sur la cinquantaine de sociétés logées dans leur gamme. « Il me faut suivre l’actualité au quotidien, développe Nicolas Haese. Alors que nous étions investis sur Unilever, nous avons été avertis d’un mouvement de grève initié au Pakistan par des ouvriers d’une exploitation de thé, en intérim depuis quinze ans, voire trente ans pour certains d’entre eux ! », illustre-t-il. La sanction a été sans appel et la valeur exclue des portefeuilles en raison de son non-respect des droits de l’Homme.

Puis c’est au tour de Sébastien Duros d’entrer en scène pour l’analyse financière pure. « Nicolas établit un premier univers de valeurs ISR, gage à moi d’éplucher leurs comptes et, en fonction des événements et de nos objectifs de cours, de les soumettre à Stéphane », explique l’analyste qui, par ailleurs, intervient comme back-up de Stéphane Prévost dans la gestion des portefeuilles. Selon lui, la logique d’investissement étant différente des fonds non typés ISR, ce sont les valeurs de croissance qui retiennent son attention, « des entreprises plus en avance que les autres sur des problématiques de développement durable », ajoute-t-il.

Puis le choix final s’effectue collégialement entre les deux analystes et le responsable gestion, les trois confrères travaillant sur la même plate-forme d’une société qui compte huit personnes au total. Cette petite structure, ambitieuse en matière d’approche ISR, s’applique-t-elle à elle-même ce qu’elle impose aux autres ?

Tous les collaborateurs sont des anciens demandeurs d’emploi, explique-t-on. Et détail de taille, dans un coin du bureau trône une spectaculaire photocopieuse « écolo » à cartouche d’encre au soja.

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