L'avis de... Xavier Linsenmaier, gérant zone Asie-Japon d’Acropole Asset Management

« Les statistiques sous-évaluent la part de la consommation »

le 21/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Existe-t-il une bulle immobilière en Chine ?

Les risques d’un krach immobilier doivent être relativisés. L’accélération des prix n’est pas nouvelle et correspond plutôt à un rattrapage. Depuis cinq ans, les hausses des salaires et des prix immobiliers, d’environ 12 % l’an, sont identiques. Par ailleurs, le niveau d’endettement des ménages demeure faible. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’excès d’attribution de crédits immobiliers. A titre indicatif, 85 % des acquéreurs le sont à des fins d’occupation. Seulement 16 % des acheteurs seraient des investisseurs purement financiers. Autre particularité de la Chine, si l’apport personnel minimum nécessaire au financement d’une acquisition immobilière à crédit est de 20 % en théorie, il serait dans la pratique de 36 % en moyenne, sans compter que tous les achats ne s’effectuent pas avec emprunt. Ensuite, contrairement au système qui a prévalu aux Etats-Unis et en Europe, les banques chinoises conservent les créances immobilières dans leur bilan. Il n’y a pas de phénomène de titrisation, encore moins d’organisation d’un marché financier des crédits hypothécaires de toutes qualités. Le marché de l’immobilier est bien plus sain.

Les statistiques chinoises doivent-elles être prises au pied de la lettre ?

Cette question est récurrente. Quel crédit peut-on apporter aux statistiques en provenance de Chine et peuvent-elles être analysées telles quelles ? L’une des façons d’y voir plus clair est de les positionner par rapport aux normes de calcul de données en vigueur dans les autres zones du monde. Morgan Stanley a par exemple travaillé sur l’expression de « coefficients » permettant de reflater ou de déflater, suivant les cas, les principales données chinoises afin de les adapter aux standards anglos-saxons et de pouvoir les comparer avec ceux-ci. C’est ainsi, par exemple, que le ratio des dépenses américaines en utilities divisées par les dépenses chinoises pour ce même poste approcherait 16 plutôt que 39 si l’on se base sur les chiffres officiels.

Cette méthode permet d’observer que les statistiques publiées sous-évaluent largement la part de la consommation chinoise. Celle-ci serait en réalité plus proche des 50 % que des 36 % communiqués par les autorités.

La Chine va-t-elle réévaluer sa monnaie ?

Relever fortement les salaires aurait été plus pertinent que de faire apprécier le yuan si l’inflation avait été totalement sous contrôle. Mais, en l’état actuel des choses, la Chine n’aura pas d’autre choix que de réévaluer sa monnaie.

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