L'analyse de... Sebastian Paris-Horvitz, directeur de la stratégie d'investissement d'Axa Investment Managers

Réussir la reprise tout en pensant au long terme

le 19/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Incontestablement, la crise s’apaise. Le système complexe de l’économie de marché se remet en route, offrant l’espoir d’un retour de la croissance, même si celle-ci paraît encore fragile tant les séquelles laissées par l’ébranlement passé sont impressionnantes. On reconstruit avec le sentiment, notamment dans les pays développés, que les déséquilibres d’hier nous hanteront quelque temps encore.

Pour l’instant, comme l’a rappelé le G20 début novembre, la priorité reste de consolider cette reprise. Le soutien considérable de la politique économique, même s’il s’amenuisera en 2010, devrait se poursuivre, entretenant le rebond de l’activité et nourrissant l’optimisme des investisseurs. Néanmoins, à ce stade, malgré les Cassandre, point de bulle à l’horizon. Des excès viendront, mais ils seront comme d’habitude bâtis sur l’illusion de la prospérité éternelle. Ils peuvent difficilement prospérer dans les fragilités que nous contemplons aujourd’hui. Certes, l’appétit pour le risque revient, propulsant les prix des actifs vers le haut à grande vitesse. On peut craindre une telle célérité. Néanmoins, aucune loi ne régit la dynamique des marchés. La vitesse constatée peut être considérée comme une réponse proportionnelle au succès des politiques mises en place et à la résilience dont a fait preuve notre système économique. En outre, la valorisation des actifs, notamment les plus risqués (actions et crédit), ne semble pas excessive. Il est vrai que dans un scénario de rechute, voire de marasme économique, l’élan d’aujourd’hui se convertirait en dure déception demain. Pour l’heure, une telle éventualité paraît relativement faible.

Ce qui est sûr, c’est que le pilotage conjoncturel va se compliquer. Sortir de l’expérience inédite de politique économique dans laquelle on s’est engagé ne se fera pas sans à-coups. Retirer les montagnes de liquidités injectées mettra à l’épreuve l’ingéniosité et le doigté de nos banquiers centraux afin d’éviter de déstabiliser le système financier. Les années 2010 et 2011 seront celles de la normalisation des politiques monétaires. En revanche, retrouver un chemin plus vertueux des finances publiques sera bien plus difficile et un des défis majeurs pour dessiner le long terme. Le rôle des Etats a été essentiel pour sauver le système financier et soutenir au bon moment la demande finale. Ce soutien est encore nécessaire. Outre-Atlantique, le débat sur l’éventualité d’un plan supplémentaire de relance est toujours présent, tant on craint que la force de la dynamique de désendettement en cours du secteur privé ne se traduise par une forte rechute de l’activité dans les trimestres à venir. En même temps, après un plan de relance de 800 milliards de dollars (5,7 % du PIB, dont une bonne partie n’a pas encore été dépensée) et le projet d’élargissement de la couverture de santé (qui vient d’être adopté par la Chambre des représentants et dont le coût est estimé à près de 900 milliards), il est évident que la question du caractère soutenable des finances publiques est déjà posée, d’autant que le choc démographique, comme dans la plupart des pays développés, exercera une pression durable sur les comptes publics dans les prochaines décennies. Le pari de l’administration Obama est que les dépenses en infrastructures engagées et un filet social plus solidaire donneront la capacité aux Etats-Unis de relancer leur croissance durablement.

En Europe, dans le désordre, le soutien public a aussi été considérable. Le désordre se perpétue néanmoins sur les stratégies de moyen-long terme. La rigueur est pour le moment absente. En Allemagne, la nouvelle coalition met en avant l’allégement de la fiscalité des entreprises, la France va lancer un grand emprunt. Est-ce que l’application du traité de Lisbonne permettra de retrouver une plus grande cohésion ? Il faut le souhaiter. Néanmoins, malgré l’évidence, on ne voit pas venir d’élan pour le vrai défi collectif de l’Europe, qui est d’investir des fonds publics rares dans l’éducation, la recherche, la formation, les infrastructures et donner ainsi une plus grande chance au secteur privé de prospérer. Alors que les défis nationaux pour préparer l’avenir sont énormes, les enjeux mondiaux sont tout aussi cruciaux. Au moment où nous fêtons la chute du mur de Berlin, nous avons vu paradoxalement la promesse de prospérité de l’économie de marché et la globalisation en danger dans cette crise. L’euphorie du triomphe de l’économie de marché nous a égarés ces dernières années. Il faut reconstruire et préserver la capacité de notre système économique à inventer de la richesse. Une meilleure régulation est nécessaire à l’échelle planétaire et une stratégie pour préserver notre environnement est vitale. Réussir la reprise passera par là.

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