Dossier ISR

Le pilier environnement s’apprécie à l’aune du secteur d’activité

le 17/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Les services financiers sont moins concernés par les problématiques environnementales que les groupes de chimie ou de produits de base.

Des trois critères extra-financiers, l’environnement est sans conteste le plus lié au secteur d’activité. En effet, l’indépendance du conseil d’administration ou la gestion de la mobilité professionnelle des salariés concerne aussi bien les compagnies d’assurances que l’agroalimentaire ou l’automobile. A l’inverse, on ne peut raisonnablement comparer la politique en matière de prévention de la pollution des banques, chez qui le risque est minime, à celle des groupes pétroliers, pour lesquels elle est centrale, comme le démontre l’affaire BP dans le Golfe du Mexique.

Pour cette même raison, le poids du critère environnement dans la note ISR globale varie généralement d’un secteur à l’autre en fonction de son importance relative. « Nous accordons systématiquement un tiers de la note ISR au critère de la gouvernance, explique Marie-Pierre Peillon, responsable de l’analyse financière et extra-financière chez Groupama Asset Management. Seule la pondération des critères 'environnement' et 'social' peut donc varier. La note environnementale représente ainsi entre 15 % de la note globale pour les secteurs peu concernés, et 40 % pour les secteurs plus impactés. » Même processus chez BNP Paribas IP, avec un poids compris entre 20 % et 50 % pour l’environnement selon le secteur, ou chez Allianz GI, avec une pondération située entre 20 % et 40 %.

Evaluer l'entreprise

Le critère « environnement » est subdivisé en indicateurs très pointus, concernant la politique environnementale de l’entreprise, sa mise en œuvre et son suivi. La consommation d’eau et d’énergie, l’impact environnemental des produits, la maîtrise des déchets, des pollutions locales, ou les émissions de CO2 sont ainsi passés au crible. Concernant les émissions de CO2, il ne s’agit pas seulement de juger le montant brut des émissions, mais aussi de vérifier si l’entreprise s’est engagée précisément sur la réduction de ses émissions dans les cinq à dix prochaines années. Dans chaque cas, l’entreprise est évaluée par rapport à ses pairs du même secteur d’activité.

A la différence des agences de notation, les sociétés de gestion se concentrent sur un plus petit nombre d'indicateurs : « Notre analyse environnementale repose sur trois à cinq critères stratégiques seulement par secteur, décrit Eric Borremans, chargé de l’investissement responsable et durable chez BNP Paribas Investment Partners (IP). L’utilisation d’un trop grand nombre d’indicateurs dilue l’information. Par exemple, la consommation d’eau est un élément clé pour certaines industries comme l’électronique ou les matières premières, mais peu pertinente pour le secteur des services, pour lequel nous ne l’analysons pas. » Même pratique chez Allianz GI, qui utilise entre deux et sept sous-critères environnementaux selon les secteurs d’activité. Dans cette maison, le seul critère commun à toutes les entreprises est la stratégie environnementale, basée notamment sur la certification ISO 14001.

Les sources d’information utilisées par les sociétés de gestion sont variées : les agences de notation extra-financière, les entreprises, mais aussi les bases de données spécialisées dans l’environnement comme TruCost, ainsi que les analyses des courtiers traditionnels. « Notre analyse repose sur les notations de Vigeo et d’Eiris, mais nous retravaillons ces données grâce à notre propre veille environnementale, et en rencontrant les directeurs QHSE (Qualité, hygiène sécurité, environnement, NDLR) des sociétés », confirme Carole Crozat, analyste ISR chez Allianz GI Europe, qui suit en profondeur 80 valeurs de la zone euro. L’ensemble de ces données est généralement actualisé une fois par an. Mais les sociétés de gestion savent se montrer réactives. BP est sous surveillance chez BNP Paribas IP depuis la marée noire.

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