Le pic d’émissions de dettes d’Etat attendu en 2011 en zone euro

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Les différents critères d’analyse des finances publiques placent souvent la Grèce à la première place.

Vu les volumes d’émissions d’obligations d’Etat attendus au cours des cinq prochaines années, les statistiques concernant les finances publiques vont devoir être précises et fiables. Finis les chiffres approximatifs ou farfelus ; la crédibilité des Etats vis-à-vis des marchés financiers est en jeu. Le gouvernement grec est en train de l’apprendre à ses dépens, obligé, pour mettre fin à une réputation de manipulateur, de créer un bureau statistique indépendant comprenant des membres d’Eurostat, l’institut européen. On prête aussi à la Commission européenne l’intention d’autoriser Eurostat à mener des opérations d’audit sur les comptes nationaux des Etats membres.

Peu de risques avec l’Italie

Pour les indicateurs économiques, le verdict est sans appel. « La Grèce est de loin le pays le plus risqué en cumulant un fort endettement public, une situation budgétaire initiale d’avant-crise très dégradée et des enjeux démographiques à long terme importants », explique Olivier Bizimana, économiste au Crédit Agricole, qui a établi une hiérarchie des risques souverains à partir de plusieurs indicateurs : ratios solde primaire/PIB et dette publique/PIB, taux de prélèvement obligatoire et risques démographiques liés au vieillissement. A l’autre bout du spectre, « l’Italie est le pays qui présente le moins de risques liés aux finances publiques du fait des efforts budgétaires consentis et des réformes structurelles introduites en matière de retraites ».

Plus les dettes publiques et les émissions souveraines se développent et plus leurs critères d’évaluation se multiplient et s’affinent. Le critère de la charge de la dette par exemple fait apparaître sans surprise aux trois premières places les trois plus importantes dettes publiques de la zone, le trio italien (44,4 milliards d’euros), français (36,7 milliards) et allemand (34,1 milliards) ; la Grèce n’est que cinquième. Le même critère rapporté à la population (charge d’intérêt par tête) place en pole position la Belgique (1.064 euros), la Grèce (962 euros) et l’Autriche, indique un document de BNP Paribas pour qui le critère le plus important reste toutefois celui des intérêts rapportés au PIB. Là, la Grèce fait la course seule nettement devant (4,7 % PIB).

Mais les véritables problèmes risquent d’apparaître en 2011 et 2012, selon Cyril Regnat, stratégiste de Natixis : « Du fait de l’augmentation des tombées sur les deux années à venir et de l’ouverture des déficits, le volume d’émission va augmenter de 15 %, bien au-delà de 1.000 milliards d’euros. » D’où un risque d’indigestion pour le marché, d’autant que ces deux années seront aussi celles où la Banque centrale européenne (BCE) devrait relever son taux directeur. Des pays comme la France (un stock de BTF - bons du Trésor à taux fixe et à intérêt précompté - de plus de 200 milliards d’euros fin 2009) et l’Allemagne ont fortement eu recours l’an dernier, pour financer leurs besoins, aux titres à moins d’un an. Le procédé a ses limites et va nécessiter un retour sur le marché obligataire, déjà entamé pour l’Allemagne. « Nous ne retrouverons pas les volumes observés en 2008 (620 milliards) avant plusieurs années », conclut Cyril Regnat.

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