L'avis de... Natacha Valla, économiste de Goldman Sachs

« Pas de hausse du taux refi avant l’été 2011 »

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

La crise des dettes souveraines et les tensions sur l’interbancaire sont-elles susceptibles de modifier l’« exit strategy » de la Banque centrale européenne (BCE) ?

Ce que les événements ont surtout changé, c’est la philosophie générale de la politique monétaire de la BCE, avec les achats de titres souverains et donc la fin de la règle de non-monétisation des déficits publics. La stratégie de sortie, elle, n’est pas modifiée sur le fond. Elle est tout simplement décalée dans le temps, progressivement ; la banque centrale ayant décidé de reprendre ses opérations de refinancement à 3 mois à taux fixe et à quantité illimitée (full allotment). Ce nouveau calendrier repousse d’un trimestre le moment où l’Eonia* commencera à revenir vers le taux de refinancement de la banque centrale. Les fortes tensions sur le marché interbancaire trouvent leur explication dans le fait que les banques européennes sont rattrapées par la crise des souverains. Les inquiétudes des marchés financiers sur le financement de certains Etats de la zone euro sont devenues des craintes sur celui du secteur financier, sur la qualité du bilan des banques.

La reprise de liquidités à la fin du mois avec l’échéance d’une opération à un an de 442 milliards d’euros peut-elle entraîner des perturbations ?

En dehors de quelques frictions techniques sur le moment, je ne le pense pas. La BCE a tout prévu début juillet pour faire la transition dans les meilleures conditions. Nous allons assister à un raccourcissement de la liquidité en passant d’une maturité à un an à une maturité à une semaine. Théoriquement, la demande pour la liquidité doit se réduire. C’est un point positif, cela permettra d’avoir une information plus pure, moins spéculative, de la demande de liquidités, donc de faire le tri et d’éliminer les établissements opportunistes.

Quand voyez-vous désormais un relèvement du taux directeur ?

Pas avant l’été 2011. On peut regretter une certaine myopie des marchés qui sous-réagissent aux données macroéconomiques du moment relativement bonnes. Ils ne scrutent que le risque de contagion de la crise de la dette souveraine dans la zone euro.

*Euro Overnight Index Average, le taux au jour le jour de rémunération des dépôts sur le marché interbancaire

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