L'avis de... Alberto Giovannini, administrateur délégué de Unifortune Asset Management

On ne saisit pas la logique générale de la directive

le 03/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Quel regard portez-vous sur la directive Gestionnaires de fonds alternatifs ?

Il est plus qu’ennuyeux que la partie la plus innovante et dynamique de l’industrie de la gestion d’actifs européenne soit principalement localisée dans des juridictions exotiques comme les îles Caïmans. En ce qui me concerne, j’estime que c’est une bonne initiative. Tout dépend ensuite comment on répond à ce besoin réel d’un cadre européen.

Quelles sont les déficiences du texte ?

La directive semble avoir été écrite dans la précipitation. On ne saisit pas sa logique générale. Le lien avec le cadre réglementaire existant fait cruellement défaut. Le monde des OPCVM n’est pas séparé de celui de la gestion alternative. Il y a un continuum entre les deux. Des questions comme celle du dépositaire, de l’évaluateur indépendant - qui correspondent à un réel besoin -, de la gestion du risque, etc., sont transversales et doivent recevoir les mêmes réponses. A la limite, la gestion alternative devrait être une note de bas de page dans une directive Gestion d’actifs. Par ailleurs, le texte semble conçu pour réduire la probabilité de crises systémiques mais ses règles spécifiques visent la protection des investisseurs. Ces deux objectifs, différents, doivent être poursuivis séparément, sous peine d’incohérence. Les fonds de fondation et les fonds souverains ne sont par exemple pas couverts sous prétexte qu’ils investissent pour leur propre compte et que, par conséquent, la question de la protection des investisseurs ne se pose pas. Mais ces fonds peuvent poser un problème systémique au moins aussi important que les fonds ayant une clientèle.

Y a-t-il un risque pour que la part la plus importante de la gestion alternative située dans des juridictions exotiques ne soit finalement pas couverte ?

Le but est d’écrire des règles telles que tout le monde veuille y être soumis et non leur échapper. Il y a dans l’industrie financière des gens malhonnêtes comme partout. Mais ils sont l’exception. Si on assiste à une fuite générale, ce sera le signe d’un échec du régulateur.

Que pensez-vous des dispositions sur les rémunérations ajoutées par le Parlement et le Conseil ?

Une entreprise peut tirer un avantage compétitif de sa politique de rémunération. On l’en prive sans raison en la rendant publique. Les régulateurs - oui - doivent tout savoir. Mais pourquoi imposer la transparence vis-à-vis du public ? C’est une mesure proposée sous pression politique.

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