Les nouveaux gérants en quête de solutions adossées à leurs stratégies

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Leurs préoccupations concernant la diminution des risques opérationnels sont prioritaires, dans tous les cas de figure.

Pour concevoir notre système d’information, nous nous sommes fixé deux objectifs prioritaires : réduire au maximum le risque opérationnel et offrir un service personnalisé, sur mesure à nos clients », rappelle Charles Bouffier, directeur général délégué d’Egamo, filiale de gestion d’actifs de la MGEN. Créée il y a deux ans, Egamo est partie d’une feuille blanche pour mettre au point son système d’information.

Spécialiste de la gestion de portefeuilles obligataires et d’OPCVM, la jeune société de gestion s’appuie essentiellement sur des solutions du marché. Et les utilisent en mode externalisé. « Le premier choix a été celui du système de flux d’information, explique Charles Bouffier. De par notre précédente expérience de gérants, nous avons donc choisi Bloomberg. » Et comme Bloomberg propose un outil de front-office AIM (Asset Investment Management), en mode ASP (Application Service Provider, soit complètement externalisé et accessible via internet), pour la gestion de portefeuilles, les dirigeants d’Egamo ont été convaincus. « Le mode ASP est de mieux en mieux considéré par les acteurs de petite ou de moyenne taille, confirme Laurence Poignon, responsable des ventes pour la France d’AIM chez Bloomberg. Ils essaient d’alléger au maximum leur structure informatique. » De fait, Egamo ne dispose pas d’équipe dédiée à proprement parler. Pour le middle-office, là encore, Egamo a fait le choix de l’externalisation avec l’outil Apollo, développé par la SSII (société de services en ingénierie informatique) Atos, proposé par Caceis, son dépositaire, en mode ASP également.

Partant également d’une feuille blanche, les dirigeants de Convictions AM, une société de gestion ayant obtenu son agrément de l’AMF (Autorité des marchés financiers) en septembre 2008, ont fait des choix très différents. « Nous avons intégralement développé en interne notre système d’information », déclare Sylvain Afriat, responsable risk management et opérations chez Convictions AM. C’est une société de gestion qui base sa stratégie sur une approche multiclasse d’actifs. Elle traite donc de très nombreux instruments : actions, OPCVM, dérivés listés et OTC (de gré à gré)… « Difficile de trouver des outils suffisamment flexibles, pour la tenue de position, la gestion de portefeuille ou la gestion des risques, capables de couvrir l’ensemble de nos besoins spécifiques, comme la prise en compte des techniques de valorisation de sous-jacents de tous types ou le calcul des risques en temps réel, les processus d’allocation nécessitant une gestion très fine des risques, précise Sylvain Afriat. Le développement en interne est apparu comme une évidence pour disposer de toute la flexibilité nécessaire. Sinon, on entre dans une problématique d’interfaçage et d’intégration entre des systèmes conçus différemment, ce qui entraîne beaucoup de travail. »

Intégration

Pour sa part, dès juin 2008, Egamo disposait des outils de Bloomberg et de Caceis. « Mais il a fallu un important travail d’intégration entre les deux pour réduire au maximum les risques opérationnels », rapporte Charles Bouffier. C’est Caceis qui a assuré l’intégration, finalisée courant 2009, après quasiment un an de travail. « En phase de transition, nous saisissions nos opérations dans l’outil middle-office, poursuit Charles Bouffier. Désormais, tout se fait en amont, avec la saisie des ordres dans AIM. » Une intégration appelée « front-to-back », indispensable pour une gestion des risques optimale. « Avec le ‘front-to-back’, le back-office étant aussi assuré par Caceis via Fastnet, nous pouvons effectuer tout un ensemble de contrôles ‘pre-trade’ comme la conformité AMF, ainsi que la vérification de règles contractuelles comme le pourcentage maximale d’obligations dans un portefeuille », expose Charles Bouffier. L’intégration n’est cependant pas totalement finalisée : « Certaines règles contractuelles un peu complexes restent à paramétrer », ajoute le directeur général délégué d’Egamo. Mêmes préoccupations chez Convictions AM : « On peut dire que 90 % de nos opérations sont traitées de façon entièrement automatisée entre le back-office de notre dépositaire BP2S et notre middle-office, ce qui entraîne une réduction des risques opérationnels, souligne Sylvain Afriat. Aujourd’hui, en termes de développements informatiques, la priorité est à la sécurisation du système et au développement d’un module pour couvrir un maximum de risques opérationnels. Nous travaillons toujours sur la réconciliation ‘front-to-back’ et sur des calculs automatiques de ratios de gestion permettant de générer des alertes en cas d’opérations non conformes. »

Personnalisation

Après avoir finalisé son système dédié à la gestion, Egamo a voulu se doter d’un outil de reporting spécifique, destiné à l’interne (direction des risques, direction générale…) et à ses clients. « Nous avons fait le choix d’une base de données interne alimentée par AIM, Caceis et par nos soins (éléments juridiques du prospectus…) », indique Charles Bouffier. Là encore, c’est un prestataire externe, Proxiad, qui s’est chargé des développements. A cette base de données a été raccordé un outil de restitution, Spotfire, édité par Tibco Software. « Nous l’avons choisi en raison de la souplesse qu’il procure, pour répondre le plus précisément possible aux demandes de nos clients concernant le ‘reporting’, juge Charles Bouffier. A terme, nous voulons leur donner la possibilité de se connecter à cette base de données et d’avoir une vue personnalisée de leurs portefeuilles. » Car si 95 % des encours, s’élevant à 2,2 milliards d’euros, proviennent de sa maison mère, Egamo compte bien se développer dans les fonds dédiés et la gestion sous mandat pour les mutuelles. Là encore, les ambitions convergent avec celles de Convictions AM. « Le ‘reporting’ client repose sur des modèles personnalisés alimentés par nos données de portefeuilles en temps réel, relève Sylvain Afriat. Dans le cadre de la gestion sous mandat, nous allons travailler à pousser encore plus les capacités de personnalisation du ‘reporting’. » Convictions AM travaille également au traitement des flux en provenance des distributeurs pour mieux connaître ses clients finaux. « Actuellement, nous automatisons et consolidons les flux d’information en provenance des dépositaires de façon à fournir un suivi précis de l’activité de nos clients à la direction commerciale, un P&L (‘profit and loss’) à nos clients sur l’ensemble de notre activité. C’est un chantier prioritaire, qui devrait être achevé avant la fin de l’année. »

A lire aussi