Natixis se lance dans les ETF grâce à une boutique

le 14/10/2010 L'AGEFI Hebdo

La filiale de BPCE va prendre le contrôle d’Ossiam, une société créée par d’anciens du Crédit Agricole, pour percer dans la gestion passive.

Natixis poursuit ses emplettes dans la gestion d’actifs. En juillet, la branche française Natixis Asset Management (NAM) prenait une participation majoritaire dans H2O AM, une toute nouvelle structure londonienne spécialiste de l’approche global macro des produits de taux (L’Agefi Hebdo du 7 octobre). Désormais, Natixis Global Asset Management (NGAM), la structure qui chapeaute l’ensemble des gestions du groupe, s’apprête à acquérir 51 % du capital d’Ossiam pour 2,8 millions d’euros. Cette boutique française dédiée aux fonds indiciels cotés a reçu son agrément en septembre 2009. Aucune des deux parties ne souhaite commenter sa prise de contrôle avant que l’Autorité des marchés financiers ne l’ait autorisée.

Des documents internes de la banque détaillent toutefois l’ambition de ce nouveau partenariat, dont la cible correspond point par point au profil d’Ossiam et de ses principaux fondateurs, même s’ils ne sont pas cités nommément. Son président, Bruno Poulin, était directeur adjoint de la gestion et responsable de la recherche quantitative de Systeia Capital Management. Trois de ses collaborateurs viennent aussi de cette ancienne filiale de gestion alternative de Crédit Agricole Asset Management, fermée en 2008. Antoine Moreau, directeur général d’Ossiam, était quant à lui responsable mondial du trading de dérivés sur fonds et exotiques actions chez Calyon (devenu CA CIB).

Une gamme de cinquante ETF

Absent du segment des fonds indiciels, NGAM souhaite « rentrer sur ce marché en pleine croissance », mais dominé par « trois acteurs, qui concentrent 75 % des encours en Europe et aux Etats-Unis ». Sur le Vieux Continent, iShares, Lyxor (filiale de Société Générale) et Deutsche Bank devancent une pléiade d’intervenants qui n’ont pas plus de 5 % de part de marché chacun. NGAM vise donc « un segment de niche pour éviter la guerre des prix ». D’où le choix d’Ossiam, un acteur indépendant qui devrait proposer d’ici à trois ans cinquante ETF (exchange-traded funds) stratégiques sous sa propre marque.

La société parisienne ne commercialise encore aucun fonds, mais elle va développer deux gammes à dominante actions répondant aux normes de la réglementation Ucits III sur les OPCVM. La première, baptisée Indice Expert, devra offrir une alternative aux produits indexés reposant sur la seule capitalisation boursière, via des produits long-only, à exposition variable ou à capital garanti. La seconde, nommée Thématique Financière, devra capter des opportunités de marché ou permettre de couvrir certains risques.

NGAM amorcera les fonds à hauteur de 150 millions d’euros avec la banque de financement et d’investissement de sa maison mère Natixis. Il vise 5 milliards de collecte d’ici à trois ans pour les produits d’Ossiam (voir ci-dessus). Un objectif ambitieux, alors que NGAM a subi 7,8 milliards d’euros de retraits sur le seul deuxième trimestre. Il a en effet pâti de la perte d’appétit des investisseurs pour la gestion monétaire qui est le point fort de NAM, son premier pôle de gestion avec 302 milliards d’euros d’encours sur un total de 532 milliards à fin juin.

Rentabilité en 2012

Celui-ci ne distribuera pas les fonds d’Ossiam en France, comme cela est prévu pour H2O. En revanche, un tiers de la marge sur les encours des ETF (autour de 60 points de base) sera reversée à d’autres distributeurs du groupe : la Banque Privée 1818 et Natixis Global Associates, la plate-forme de commercialisation de NGAM. S’y ajouteront 10 points de base de coûts variables (frais de conservateur, de licences d’indice et de cotation). NGAM souhaite que l’opération soit rentable dès 2012, avec un résultat brut d’exploitation de 1,5 million d’euros pour des revenus de 15 millions, générés aux deux tiers par Natixis et à un tiers par Ossiam. Pour cela, son « investissement initial s’élève à 8 millions d’euros ».

Le pôle de gestion de Natixis se réserve la possibilité d’obtenir 75 % des droits de vote d’Ossiam d’ici à trois ans. Cette nouvelle prise de participation rappelle le modèle multiboutique développé par NGAM aux Etats-Unis pour étendre son champ d’expertises, mais suscite des inquiétudes chez NAM. Le réseau des ex-Crédit Agricole devient de plus en plus prégnant au sein du groupe : comme ceux de H2O, les fondateurs d’Ossiam sont issus de la banque verte qui est aussi l’ancienne maison d’une partie de l’état-major de NAM. Celui-ci a en outre recruté cette année plusieurs gérants venus d’Amundi, la coentreprise fondée par Crédit Agricole et Société Générale. Le patron de NGAM, Pierre Servant, est pourtant un pur produit de CDC Ixis, l’un des deux parents de la gestion d’actifs de Natixis.

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