L'avis de... André Sapir, professeur d’économie à l’Université libre de Bruxelles

« Les modèles soutenables sont ceux qui ont le taux d’emploi le plus élevé »

le 15/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Avant la crise, vous souligniez que seuls les modèles sociaux anglo-saxon et nordique étaient soutenables. Maintenez-vous cette analyse ?

J’avais pris deux critères de différenciation : la soutenabilité et l’équité. L’équité relève d’un choix social. La soutenabilité, en revanche, dont l’indicateur est le niveau d’endettement public, est intrinsèquement nécessaire à la survie d’un modèle. Si l’on reprend l’analyse après la crise, le modèle nordique est le seul à être préservé. Les pays anglo-saxons ploient sous la transformation de la dette privée en dette publique et les pays méditerranéens et continentaux n’ont pas amélioré leur situation.

Pourquoi cette différence de résistance ?

Les pays dont le modèle social est soutenable sont également ceux qui avaient, dès avant la crise, le taux d’emploi le plus élevé. Tous les pays de l’OCDE* ont plus ou moins le même taux d’emploi pour les hommes de 25 à 55 ans. La différence se fait donc sur le travail des femmes, celui des moins de 25 ans et des plus de 55 ans, toutes catégories pour lesquelles le taux d’emploi est particulièrement élevé en Scandinavie. Cela est lié à l’organisation de la société, c’est pourquoi il est si difficile de transposer un modèle ailleurs.

Que faudrait-il entreprendre au niveau européen ?

Il faut continuer à creuser la problématique de la soutenabilité. Nous devons avoir des règles plus intelligentes que les 3 % (de déficit public, NDLR). Il faut demander aux gouvernements de démontrer qu’ils ont une dette publique soutenable, ne pas exiger telle ou telle mesure mais mettre sur la table un menu de solutions dans lequel piocher.

Mais cette coordination n’a pas fonctionné jusqu’à présent...

C’est une question de volonté. Le président du Conseil européen Herman van Rompuy peut être l’avocat de cette cause auprès des Etats. Il faut se concentrer sur un nombre très limité de choses où il y a une importance capitale d’agir, où il y a des externalités entre pays. La création de la facilité de stabilisation de l’euro est la manifestation de ces externalités. Cela donne plus de légitimité à une action nationale et crée une incitation, qui n’existe pas naturellement car l’horizon politique d’un dirigeant est plus court que celui de la soutenabilité des finances publiques.

*Organisation de coopération et de développement économiques

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