Les matières premières agricoles en pleine déprime

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

Les cours du blé, du soja, du maïs et du sucre reculent depuis janvier. En toile de fond, une demande poussive pour des stocks plus étoffés.

Que de volatilité sur les marchés de matières premières agricoles ! Après une soudaine accélération haussière au dernier trimestre 2009 venue clore la dépression de l’été, les cours du blé et du maïs se sont à nouveau repliés à partir du mois de janvier. « Le marché renoue avec les fondamentaux ! Nous retrouvons le bon sens de la filière agricole… sans évacuer la volatilité pour autant », commente Gautier Le Molgat, consultant d’Agritel.

Paris sur les récoltes

Les retours de bâtons sont toujours brutaux. Le krach des cours du sucre en témoigne. Son prix à New York avait atteint en janvier un plus haut depuis 1981 à 30 cents américains par livre (de sucre brut). Or, « à ces niveaux de prix, explique Emmanuel Jayet, responsable de la recherche produits agricoles chez Société Générale Cross Asset Research, les importateurs se sont rétractés. Le ralentissement de la demande a entraîné le sucre à la baisse ». Parallèlement, la récolte de l’Inde a été revue à la hausse, participant également à la détente du marché. Jean-Philippe Olivier, responsable Sigma Commodities chez BNP Paribas Asset Management, explique aussi que le marché anticipe une meilleure récolte indienne pour l’an prochain, « car sur les cent dernières années, les cinq moussons les plus sèches en Inde ont systématiquement été suivies par des pluies normales ou supérieures à la moyenne l’année suivante ». En attendant, d’après l’économiste de Société Générale, « la production indienne reste catastrophique et le pays, plus grand consommateur de sucre au monde, continue à avoir besoin d’importer ». Les experts guettent également avril, avec les résultats de la récolte au Brésil, premier producteur et exportateur de sucre au monde. Pour Emmanuel Jayet, « avec le probable retour des importateurs sur le marché, les cours devraient éventuellement remonter un peu. Mais il ne faut pas perdre de vue que, malgré une baisse de plus de 40 % en quelques semaines, les prix restent encore très élevés ».

Les anticipations de production font la pluie et le beau temps sur les marchés du soja, du maïs et du blé aussi. Le dernier rapport de l’Usda (United States Department of Agriculture, NDLR) a jeté le trouble avec ses prévisions rehaussées de production mondiale de la campagne en cours à la fois de maïs et de blé. Celle-ci est désormais estimée à 678 millions de tonnes à la suite d’une révision à la hausse des récoltes en Argentine.

Rotation

Le département de l’Agriculture américain a en outre augmenté son estimation des stocks de blé du début de la campagne agricole en Russie. Gautier Le Molgat indique que « limitée par ses capacités de stockage, la Russie doit absolument écouler le blé stocké pour rentrer la prochaine récolte ». Ce contexte favorable à la baisse des prix crée, selon Emmanuel Jayet, « un risque de subvention à l’export, au détriment des récoltes françaises et américaines. Par ailleurs, avec un prix trop élevé, le blé américain souffre d’un fort manque de compétitivité comparé aux blés russe et français ». Confrontés à cette situation, « les exploitants américains ont choisi de diminuer les surfaces ensemencées ».

En définitive, les stocks mondiaux de blé à la fin de 2009-2010 sont prévus à 196,8 millions de tonnes et ceux de maïs à 140,1 millions de tonnes. Globalement, « par rapport à 2007, les stocks ont été reconstitués », conclut le consultant d’Agritel.

La donne est différente pour le soja. Selon Emmanuel Jayet, « même si la récolte a été bonne aux Etats-Unis, les stocks demeurent à niveaux très bas. On guette maintenant la récolte d’Amérique latine ».

Pendant ce temps, la demande est poussive. Le niveau de consommation n’évolue pas et « la filière animale, forte consommatrice de grains, ne se porte pas bien à cause de la crise », rappelle Gautier Le Molgat.

A première vue peu propice à un retournement franc de tendance, ce tableau d’ensemble est susceptible d’exaspérer les investisseurs acheteurs. Jean-Philippe Olivier, repère toutefois quelques signaux encourageants, dont la rotation des semis : « Attitude habituellement annonciatrice d’une prochaine remontée des cours, les exploitants réduisent leur surface cultivée en blé, ce qu’ils font en général quand les prix ont trop baissé. » Un phénomène similaire s’observe pour le maïs. Du soja est planté à la place. « Les positions vendeuses d’ordre spéculatives sur le soja sont importantes mais les commerciaux refusent de vendre à ce prix, un rapport de force favorable à une reprise des prix », remarque aussi l’expert de BNP Paribas. Ce ne sont pas les spéculateurs qui guident le marché en ce moment.

A lire aussi