Dossier Edhec-Risk Institute

Le marché des ETF entre dans sa phase de maturité

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

L’ETF Survey témoigne d'une généralisation du recours à ces produits, actions comme obligations.

L’heure des bilans à sonné pour les ETF (exchange traded funds), qui fêtent cette année le dixième anniversaire de leur lancement en Europe. Transparents, simples (du moins au premier abord) et peu coûteux, ces fonds indiciels cotés en Bourse séduisent un nombre croissant d’investisseurs. Il existe aujourd’hui 932 ETF européens, émis par 36 sociétés de gestion différentes et pesant au total 234,3 milliards d’euros à fin avril, d’après BlackRock. Menée pour la cinquième année consécutive, l’ETF Survey de l’Edhec confirme que le marché des ETF est entré dans sa phase de maturité. Cette année, 192 utilisateurs d’ETF européens ont répondu à l’étude.

Ainsi, 95 % des investisseurs interrogés déclarent utiliser des ETF actions. Un chiffre stable par rapport à l’enquête précédente. Les taux d’utilisation des ETF répliquant d’autres classes d’actifs sont quant à eux en hausse, mais dans des proportions inférieures aux années précédentes, signe d'un marché mature (voir le graphique). Les ETF obligataires sont notamment véritablement entrés dans les mœurs avec des taux d’utilisation de 68 % pour les obligations d’Etat et de 60 % pour les obligations crédit. « Les institutionnels ont compris que les ETF sont particulièrement intéressants pour les classes d’actifs à faible volatilité, pour lesquels le bas niveau des frais de gestion des ETF constitue un avantage compétitif indéniable », analyse Eric Wohleber, directeur général de iShares et BlackRock en France.

Autre indicateur confirmant cette tendance de développement du marché, les investisseurs utilisant des ETF leur consacrent une part croissante de leur portefeuille. Ainsi, les ETF d’obligations d’Etat représentent 35 % des investissements sur cette classe d’actifs chez les institutionnels utilisant ce type de produits. « Année après année, les investisseurs institutionnels allouent une part de plus en plus élevée de leur portefeuille aux ETF, confirme Felix Goltz, directeur des études de l’Edhec-Risk Institute. Ainsi, les ETF représentent aujourd’hui entre 20 % (monétaires et infrastructures) et 38 % (matières premières) des portefeuilles des utilisateurs. »

Les matières premières aussi

Les classes d’actifs sur lesquelles les produits concurrents aux ETF sont moins nombreux, comme les matières premières, font ainsi l’objet des plus forts taux d’investissement. Après avoir testé ces produits à petite dose, les investisseurs ont ouvert plus largement les vannes : les ETF matières premières ne représentaient encore que 22 % de la classe d’actifs dans les portefeuilles des répondants en 2009.

Si les investisseurs interrogés consacrent une part de plus en plus importante de leur allocation aux ETF, c’est aussi parce qu’ils sont satisfaits de ces produits. Ainsi, alors que les taux de satisfaction étaient en baisse en 2009 sur toutes les classes d’actifs sauf les actions, ils retrouvent, voire dépassent, cette année leur niveau de 2008. L’enquête faisait état en 2009 de la crise de liquidité de 2008, en particulier lors du dernier trimestre, pendant lequel les ETF (en particulier pour les classes d’actifs alternatives) se sont révélés un peu moins liquides et performants que prévu.

L’ETF Survey confirme aussi l’appétit des investisseurs institutionnels pour les ETF inverses et à effet de levier, utilisés cette année par respectivement 24 % et 27 % des répondants. En revanche, le prêt-emprunt d’ETF ou la vente à découvert d’ETF restent peu mis en œuvre, à moins de 15 % dans les deux cas. Un niveau en ligne avec celui de l’année précédente. « Les investisseurs sont encore réticents à vendre des ETF à découvert ou à faire du prêt-emprunt, explique Felix Goltz. Pourtant, prêter des ETF permet de générer des revenus supplémentaires qui compensent les frais de gestion de l’ETF, donc améliorent la réplication de l’indice. »

Prédominance de l'investissement de long terme

Les émetteurs constatent eux aussi le faible intérêt des investisseurs pour ces techniques : « Nous expliquons depuis longtemps à nos clients les avantages du prêt-emprunt et de la vente à découvert d’ETF, mais seuls les investisseurs les plus sophistiqués mettent en œuvre ces pratiques », confirme Eric Wohleber. Les clients préfèrent souvent utiliser des produits packagés évoluant à l’inverse du marché. « Nous observons une demande importante sur les ETF qui 'shortent' le marché, tant en actions qu’en obligations, confirme Valérie Baudson, directrice d’Amundi ETF. C’est une solution plus facile à mettre en œuvre pour nos clients, qui font face à la fois à des difficultés opérationnelles et parfois à des contraintes réglementaires pour vendre à découvert des ETF. »

Si peu d’investisseurs utilisent donc aujourd’hui toutes les potentialités techniques des ETF, ces produits sont néanmoins devenus incontournables en matière de réplication indicielle. « Les ETF et les 'futures' sont bien mieux notés par les institutionnels que les 'total return swaps' et les fonds indiciels classiques, notamment sur la liquidité, analyse Felix Goltz. On peut imaginer que la croissance se fera surtout sur les ETF et les 'futures' à l’avenir. » Avec, pour les ETF, une palette d’indices couverts bien plus large que celle des futures, principalement limités aux grands indices. En revanche, les futures sont, selon les répondants, plutôt plus liquides et moins chers que les ETF.

Le choix entre ETF et future, tous deux très efficaces pour répliquer un indice, dépend aussi, pour l’investisseur, de son horizon d’investissement. Or, l’enquête de l’Edhec montre la prédominance de l’investissement à long terme chez les utilisateurs d’ETF. Ils utilisent ceux-ci surtout pour exposer leur portefeuille cœur à des marchés sur longue période plutôt que pour mettre en place des paris tactiques.

Pour autant, ce positionnement long terme ne signifie pas que les clients se désintéressent de la liquidité : il reste au contraire capital pour eux de pouvoir vendre rapidement dans de bonnes conditions s’ils le souhaitent. « Nos clients investissent généralement à long terme, mais cela ne les empêche pas d’optimiser leur entrée et leur sortie, par exemple en plaçant des ordres à cours limité plutôt que d’acheter à la valeur liquidative, confirme Valérie Baudson. C’est particulièrement vrai dans des marchés très volatils. » Ce n’est donc pas parce que les investisseurs font peu de trading sur les ETF qu’ils n’en utilisent pas toutes les potentialités, notamment celles liées à la liquidité.

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