Le marché des actions japonaises est injustement délaissé

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

La question n’est pas « pourquoi investir au Japon ? » mais plutôt « pourquoi ne pas investir au Japon ? ».

L'idée que le Japon soit un sous-performeur chronique est entièrement injustifiée si l’on compare sa performance au cours des onze dernières années à celle de marchés occidentaux plus prisés.

Depuis son point le plus bas atteint en 1998, l’indice TSE1 a surperformé à la fois le SBF 120 et le S&P 500 quatre années sur onze du point de vue d’un investisseur de la zone euro, et de surcroît dans des conditions de marché différentes. En 1999 par exemple, le Japon était en tête des marchés actions les plus performants en raison de la bulle TMT. En 2008, quand la crise financière a causé l’effondrement des marchés dans le monde entier, il avait, là aussi, les meilleurs résultats, cette fois grâce à un yen fort. Sur la même période, le SBF 120 a été le meilleur des trois indices (SBF 120, S&P 500 et TSE1) six années sur onze alors que le S&P 500 ne l’a été qu’une fois, en 2001 (1).

Il est vrai que le Japon a largement sous-performé dans les années 90, mais cette période s’est achevée il y a plus de dix ans. En fait, si les investisseurs avaient adopté une stratégie « buy and hold » dès 1999, ils auraient réalisé la même performance que sur le SBF 120. Il faut également garder à l’esprit qu’en 2008, alors que les autres marchés s’effondraient, le Japon faisait office d’airbag et surperformait largement tant la France que les Etats-Unis. Les investisseurs, même japonais, restent cependant très sous-pondérés sur ce pays alors que sa performance récente démontre que cette position est erronée.

En réalité, le Japon est bien placé pour continuer sur sa lancée. Les grandes restructurations réalisées au cours de la « décennie perdue » dans les années 90 ont rendu les entreprises beaucoup plus robustes, comme le montrent les importants cash-flows qu’elles ont générés au cours des treize dernières années.

Les changements opérés dans le secteur bancaire sont la meilleure illustration de cette transformation. Si le mal qui infecte actuellement l’économie mondiale trouve son origine dans le système de crédit, la situation japonaise est assez différente du reste du monde. Sur les 19 principales banques qui existaient au Japon en 1989, le plus haut point de la bulle, seule une a survécu sous le même nom aujourd’hui. Toutes les autres ont fait faillite, ont été nationalisées ou ont fusionné (certaines plus d’une fois) et ont été recapitalisées pour ne former que huit nouveaux groupes. Le système bancaire japonais s’est donc à la fois concentré et entièrement restructuré. En d’autres termes, le Japon est au point bas de son cycle de crédit, alors que le monde occidental, les Etats-Unis en tête, vient juste de passer le sommet du cycle. Clairement, cela implique des niveaux différents de risque économique et d’investissement, tous deux jouant en faveur du Japon, et non pas de l’Occident.

Concernant la valorisation du marché, les actions japonaises, sur une base « price to book ratio », restent extrêmement bon marché, à la fois historiquement et comparées aux obligations. Elles ont même atteint leur point le plus bas depuis quarante ans en 2009. En effet, le taux de rendement des dividendes de l’indice TSE1 est actuellement de 2,3 % (2), alors que les obligations d’Etat japonaises à 10 ans offrent actuellement un rendement de seulement 1,3 % (2).

Même après avoir rebondi de son point le plus bas, le Japon est toujours en dessous de sa valeur relative de 1973. Le pays demeure une économie de premier plan - il est toujours « l’homme riche » d’Asie - mais s’échange sur la base de valorisations très basses. Cela représente un créneau d’opportunités d’investissements majeur.

Le cumul de ces surperformances et sous-performances depuis l’automne 1998 aboutit à un résultat plus ou moins en ligne avec le marché américain, mais nous pensons que cette tendance pourrait être sur le point de changer. Le sens dans lequel le Japon ira reste à définir, mais il est difficile de penser qu’il sous-performera les Etats-Unis étant donné la dynamique du cycle de crédit. La question n’est alors pas « pourquoi investir au Japon ? » mais plutôt « pourquoi ne pas investir au Japon ? ».

(1) Source : GLG

(2) Source : Style Research

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