L’avis de... Samuel Sender, chercheur à l’Edhec-Risk Institute

« L'Ucits n’est pas un produit européen en termes de risques non financiers »

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Quel enseignement tirez-vous de votre étude intitulée « Are hedge-fund UCITS the cure-all ? » sur l'adaptation du cadre Ucits aux stratégies alternatives.

Selon les gérants d’actifs et institutionnels sollicités (plus de 400 investisseurs européens), la future réglementation AIFM (Alternative Investment Fund Manager) pose un problème de visibilité. Car si elle doit autoriser le marketing des hedge funds, leur distribution reste incertaine. Les acheteurs restent soumis à leur réglementation propre (retail et institutionnels) qui ne les autorise pas toujours à acheter les fonds dont l'AIFM autorisera le marketing. Cela explique que les assureurs, par exemple, souhaitent s’orienter vers des stratégies alternatives structurées dans l’enveloppe Ucits.

Mais certains risques non financiers n’y sont pas résolus.

On nous laisse croire que le produit Ucits est un produit européen. Il n'en est rien du point de vue des risques non financiers en raison des disparités entre les obligations légales des dépositaires d’un pays à un autre. Ces différences viennent de l’origine des lois (pays de droit commun et pays de droit civil), mais aussi du statut des pays sur le marché international. Ainsi, l’Irlande s'est tournée vers l’exportation de services aux investisseurs nearshoring (délocalisation dans un pays proche, NDLR) vers le Royaume-Uni et a adopté une réglementation très proche de sa grande sœur. Le Luxembourg a privilégié l’exportation de fonds et s’est efforcé d’adopter une réglementation plus souple, ce qui explique en partie les problèmes d’interprétation rencontrés récemment.

Quels sont les autres écueils liés au passage d’un « hedge fund » à un fonds Ucits ?

Tout d'abord, le coût direct lié aux contraintes de relocalisation et de structuration. D'autres sont plus incertains, comme les coûts de supervision et due diligence de la part des dépositaires, ou le surcoût induit par l’utilisation de dérivés (pour « shorter » les titres, par exemple). Enfin, ces fonds ne seront plus à même de capter la prime d’illiquidité, qui est une des raisons qui pousse les investisseurs de long terme à investir dans ces stratégies.

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