L’Italie, le mauvais élève de l’Europe a appris la discipline

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Décrié pour le niveau de son endettement public, Rome a su contenir la dérive de son déficit budgétaire pendant la crise.

Un temps associé au pays du club Med (Espagne, Portugal, Grèce), en référence à leur laxisme budgétaire et à la fragilité de leurs économies, l’Italie apparaît aujourd’hui plus disciplinée que ses voisins sud-européens. C’est que son déficit public ne représente « que » 5,3 % de son PIB, contre 6,3 % en moyenne pour la zone euro. « Comparativement à ses homologues européens, le plan de relance avait été modeste en 2009 (de l’ordre de 0,5 point de PIB, NDLR), et l’ouverture du déficit public relativement modérée », explique Cédric Thellier, économiste chez Natixis. Un résultat à faire pâlir d’envie la France, et son solde négatif de 8 %, a fortiori l’Espagne et ses 11,2 %, le Portugal et ses 9,4 % ou la Grèce et ses 14 %. Il faut dire que, avant la crise, Rome ne disposait d’aucune marge de manœuvre. « L’Italie n’a pas pris de mesure phare car elle ne pouvait pas se le permettre, avec à son actif la plus importante dette de la zone euro », souligne Clemente de Lucia, économiste chez BNP Paribas.

Le poids des erreurs passées

L’Italie paie encore aujourd’hui par un déficit de croissance les conséquences d’un laxisme budgétaire qui remonte aux années 80 et début 90. « La dette italienne est le résultat des dérives budgétaires de cette période mais aussi des dévaluations de la lire qui ont conduit à gonfler le taux de refinancement de la dette », souligne Stéphanie Chort, économiste chez COE-Rexecode. Quand les critères de Maastricht sont définis en 1992, l’Italie ne satisfait aucun des cinq critères exigés. De 1980 à 1994, le déficit public annuel s’élève à 9 % du PIB sans discontinuer. La dette publique explose et passe de 74 % en 1984 à plus de 120 % en 1994. Depuis le milieu des années 90, de réels progrès ont été accomplis dans la réduction du ratio dette/PIB. En 1997, la dette italienne représente encore 118 % du PIB mais le déficit public total n’est plus que de 2,7 % du PIB. Après 2006, le redressement des finances publiques semble avoir repris, en partie grâce à un recouvrement plus efficace de l’impôt. L’année suivante, la dette atteint 103,5 %, son niveau le plus bas, et le déficit public n’est plus que de 1,5 %. Il se creuse à nouveau en 2008 quand le pays entre en récession pour se situer à 2,7 %. « Malgré la baisse tendancielle observée depuis quinze ans, le service de la dette pèse lourdement sur le budget : loin des 12 points de PIB du début des années 90, il représente encore près de 5 points en moyenne depuis 2002 », analyse Cédric Thellier.

Les points positifs

La taille de la dette italienne représente six fois celle de la Grèce et atteint à peu près la même proportion en 2009. Elle devrait être de 118,2 % cette année. Mais comparaison n’est pas raison. Selon Cédric Thellier, « l’Italie a souvent été assimilée par les marchés, à tort, à des pays comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal ou l’Espagne ». En plus d’avoir maintenu son déficit budgétaire, la péninsule a un solde budgétaire primaire (hors charge d’intérêts sur la dette) très favorable. En 2011, le solde primaire transalpin pourrait être encore un peu déficitaire, mais beaucoup moins que ceux des PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne). « De ce point de vue, l’Italie soutient la comparaison avec les pays de l’univers AAA et devrait même s’avérer moins dégradée sur la période 2009-2011 », ajoute l’économiste.

L’économie de la péninsule reste robuste, même si elle est toujours confrontée au problème majeur d’une croissance anémique. Pour les investisseurs, l’Italie bénéficie de fondamentaux très importants, comme un système bancaire traditionnel et solide qui a globalement été épargné par la crise et un faible endettement des ménages (41 % du PIB). « Le taux d’endettement global de l’Italie s’avère très inférieur à beaucoup d’autres », souligne Clemente de Lucia. Ce qui a amené le pays à exiger que les nouvelles règles budgétaires européennes fassent référence à la dette privée autant qu’à l’endettement public. Pour rassurer les marchés, le gouvernement vient par ailleurs de voter un plan d’austérité de 24,9 milliards d’euros sur deux ans pour ramener le déficit à 2,7 % en 2012. L’ensemble des économistes interrogés estiment que le déficit sera encore supérieur à 4 % en 2011, mais restera inférieur à la moyenne de la zone euro (au-delà de 5 %). Pour l’avenir, le défi de l’Italie sera de concilier réformes structurelles visant à renforcer le potentiel de croissance de l’économie et de maintenir le cap de la rigueur budgétaire.

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