Dossier Edhec-Risk Institute

L'« investissement vert » gagne ses lettres de noblesse

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs sont de plus en plus sensibles aux critères environnementaux, même si le manque de standards se fait encore sentir.

Le constat s'impose. La protection de l'environnement est un sujet bien ancré dans la société, y compris auprès des investisseurs. Ainsi, près de 86 % d'entre eux considèrent que c'est un thème d'investissement pour leur institution, selon une étude réalisée par l’Edhec-Risk Institute auprès d'une centaine d'investisseurs institutionnels. Il ne s'agit pas d'une simple profession de foi puisque nombre d'entre eux ont mis en place des approches spécifiques.

Lisibilité

Si l'importance de la protection de l'environnement est largement partagée, les moyens de l'appréhender et les motivations sont multiples. « Nous abordons les problématiques de la gestion responsable à travers plusieurs approches, explique Hervé Guez, responsable ISR chez Natixis AM. La première, que l'on appelle généralement 'best in class', consiste à analyser les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance des sociétés sur lesquelles on investit. La seconde approche consiste à se focaliser sur une thématique d'investissement, comme nous l'avons fait récemment avec le fonds sur le changement climatique. » Cette démarche est parfois plus lisible pour les clients, notamment les investisseurs particuliers. Il faut toutefois éviter les thématiques trop restrictives, telles que les énergies renouvelables, qui sont intéressantes mais peuvent contribuer à créer des bulles spéculatives. Enfin, certains privilégient une troisième voie plus dynamique qui consiste à établir un dialogue sur ces thèmes avec les entreprises pour les inciter à adopter les meilleures pratiques.

Contraintes réglementaires

De même, les motivations, elles aussi, diffèrent. Si près de 82 % des investisseurs interrogés par l’Edhec-Risk Institute évoquent la responsabilité vis-à-vis de la planète et de la société, ils ont également à l'esprit d'autres considérations, comme les contraintes réglementaires. Celles-ci se font de plus en plus sentir puisque plus de huit pays européens ont mis en place des règles spécifiques en matière de transparence des fonds de pension sur la prise en compte des critères environnementaux et extra-financiers dans le choix de leurs investissements. Si la contrainte joue un rôle, qu'en est-il de la performance financière ? « Le 'green investing' est porté par plusieurs fondamentaux, estime Jean-Pascal Tranié, fondateur d'Aloe Private Equity. La rareté des ressources naturelles face à une demande sans cesse croissante crée des opportunités économiques substantielles. On peut donner un exemple très simple : avec la progression de la consommation en écrans LCD et en cellules photovoltaïques gourmandes en indium, la consommation de ce métal a fortement augmenté ces dernières années et l’on estime à quatorze ans de production la capacité des réserves mondiales ! » Ce fonds a investi dans Recupyl, une société française spécialisée dans le recyclage et la récupération de certains métaux comme l'indium. « En second lieu, les populations sont de plus en plus sensibles à la pollution et à ses effets dévastateurs sur la qualité de vie, comme le prouve le nombre croissant de directives nationales et internationales sur le sujet », poursuit Jean-Pascal Tranié.

Mesurer la véritable performance financière du green investing demeure difficile, compte tenu du manque de standards (lire l'encadré). « Les études académiques ne tranchent pas, note Hervé Guez. De manière empirique, on peut dire que les fonds gérés par Natixis AM, en ISR ou en 'green investing', n'ont pas montré d'écarts flagrants avec les fonds classiques au cours des dernières années. Par ailleurs, la question de la performance est importante mais ce n'est pas la seule question. Dans le 'green investing', les investisseurs ont généralement une réelle exigence éthique. »

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