L'avis de... David Deddouche, stratégiste devises de Société Générale CIB

« L’intervention de la Banque du Japon marque le début de la fin du yen fort »

le 23/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Existe-t-il des facteurs structurants d’un renforcement du yen ?

Retournons au début de la décennie 2000. A l’époque, les investisseurs institutionnels et les ménages nippons ont réduit leur biais domestique consistant à investir chez eux sur des actifs peu risqués. Jusqu’en 2007, ils ont donc investi hors du Japon et notamment aux Etats-Unis, à la recherche d’investissements à haut rendement. Il s’agissait de jouer sur les différentiels de taux d’intérêt entre le Japon et le reste du monde. Mais en 2008, la crise financière a changé totalement la donne en resserrant les écarts de taux d’intérêt entre les grandes économies. Elle a aligné les taux directeurs des grandes banques centrales vers zéro et mis un terme au phénomène de yen carry trade, qui consistait à emprunter en yens à taux très bas pour investir dans des actifs libellés dans une devise à taux plus élevé. Aujourd’hui, le risque de change ne se justifie plus pour les Japonais. Ils ont donc arrêté d’investir à l’étranger. Ce phénomène constitue le facteur structurel principal d’appréciation du yen depuis deux ans.

Les achats récents de titres japonais par la Chine contribuent-ils à apprécier le yen ?

A première vue, ces flux d’achats peuvent sembler minimes par rapport aux volumes traités sur les marchés des changes ou par rapport à la taille de la balance courante japonaise. En fait, un montant de 7 milliards de dollars d’achats de la part de la Chine, comme on a pu le voir au mois de juillet, est d’abord un flux important en termes de taille, mais aussi en termes de signal pour les autres investisseurs.

L’intervention de la Banque du Japon sur le yen a-t-elle été efficace ?

C’est un coup de maître. Les investisseurs ont été surpris avec des positions longues sur le yen importantes, ce qui a fait son efficacité. Nous pensons que le fait que les interventions ne soient pas stérilisées est très significatif et suggère que le Japon va se donner les moyens d’empêcher le yen de s’apprécier. De plus, le fait que la Banque du Japon est plutôt poussée à aller vers davantage de quantitative easing suggère qu’il n’y a pas de conflit entre la politique monétaire et la politique de change. Le marché tentera certainement de « tester » la determination des autorités japonaises dans les semaines à venir. Néanmoins, cette intervention marque le début de la fin du yen fort. Un processus progressif de retournement va se mettre en place dans les mois à venir.

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