L’euro s’autorise un sursaut de courte durée

le 15/07/2010 L'AGEFI Hebdo

La monnaie unique s’est appréciée contre le dollar depuis début juin. Sa tendance baissière n’est pas remise en cause selon les économistes.

La dépréciation de l’euro face au dollar qui fit tant de bruit en début d’année vient de connaître un coup d’arrêt. La baisse de 15 % à partir d’un point haut de 1,50 en décembre 2009, pour cause de crise des dettes souveraines dans les pays du sud de la zone euro, s’est enrayée. Depuis le 7 juin, jour où l’euro s’est échangé contre le billet vert à 1,1877, la monnaie unique européenne s’est appréciée de plus de 6 % (autour de 1,27 le 8 juillet). Sur les marchés, ce retournement correspond à une diminution de moitié des positions vendeuses spéculant sur un effondrement, voire une dislocation, de la monnaie unique.

S’il est toujours aussi difficile pour les stratégistes et les économistes d’établir des prévisions de change tant les critères et les variables à prendre en compte sont nombreux, il existe tout de même une quasi-unanimité pour considérer que ce mouvement de hausse de la devise européenne a vocation à ne pas durer. « Le rebond de l’euro est un repositionnement temporaire. Sa tendance baissière des derniers mois va reprendre cet automne, explique Carole Laulhère, stratégiste de Société Générale Corporate Research. Nous anticipons un taux de change euro-dollar de 1,20 à la fin de l’année, puis un glissement vers la parité de pouvoir d’achat autour de 1,15 au premier trimestre de 2011, puis un niveau de 1,10 dans un an. » « La monnaie unique est dans une période de rémission temporaire qui devrait s’inverser dès le mois de septembre, confirme René Defossez, stratégiste de Natixis. Nous sommes calés sur un euro-dollar de 1,16 à trois mois et pour la fin de 2010. Nous prévoyons un taux de change de 1,20 à fin juin 2011. »

Les motifs

Les motifs de ce sursaut de l’euro sont à chercher autant du côté des anticipations de croissance comparées de part et d’autre de l’Atlantique dans les tout prochains mois que du côté du niveau d’aversion/ appétit pour le risque. « Le marché a intégré l’idée que la reprise économique aux Etats-Unis n’avait rien d’une croissance auto-entretenue. Les dernières statistiques sur l’emploi et le marché immobilier ont été décevantes et au même moment, de bons chiffres ont été publiés sur l’économie allemande. La résultante a donné une baisse du dollar », explique René Defossez, pour qui les bons chiffres allemands ne sont toutefois qu’un effet d’optique. « Les indicateurs de conjoncture américains ont été inférieurs aux attentes, et des interrogations sont apparues sur l’ampleur de la reprise aux Etats-Unis et donc sur le calendrier du resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale », ajoute Carole Laulhère.

Néanmoins, à moyen terme, la probabilité est grande de voir la croissance américaine s’afficher au-dessus de celle de la zone euro, et les économistes comme les marchés de futures sur fed funds prévoient un relèvement du taux directeur de la Fed courant 2011 bien avant une hausse du taux de refinancement de la Banque centrale européenne. « Ce qui constitue un facteur positif pour le dollar », assure Carole Laulhère.

Vigilance

Reste que l’euro doit surtout son renforcement actuel à l’atténuation de la vague de pessimisme noir des investisseurs qui s’est abattue sur le Vieux Continent et les dettes souveraines des pays du sud de l’Europe. « Le marché est allé trop loin et nous constatons qu’il n’y a pas d’aversion absolue et définitive pour les papiers en euros », note René Defossez. La zone euro reste tout de même sous vigilance. La moyenne des déficits publics a beau y être nettement en dessous du déficit budgétaire américain, l’Europe doit régler le problème à deux niveaux : celui de la réduction des déficits et le niveau institutionnel de la coopération des Etats membres.

En définitive, le sursaut de l’euro est « un rally de soulagement », souligne Carole Laulhère. Les facteurs explicatifs de l’appréciation de la monnaie unique ont une durée de vie limitée et sont appelés à disparaître rapidement au premier événement malencontreux. La publication, le 23 juillet prochain, des stress tests (tests de résistance) réalisés par 91 banques européennes, représentant 65 % du secteur bancaire de l’Union européenne, pourrait par exemple se transformer en stress test de l’euro.

A lire aussi