L’érosion monétaire devient un actif à part entière

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

L’inflation est considérée par certains comme un support d’investissement. Trois gestionnaires ont créé des fonds spécifiques.

Au début, il y eut le besoin de répondre au souci des investisseurs de se délester de la hausse des prix. Les fonds obligataires indexés sur l’inflation, détenteurs de papiers émis par les Etats - pour la très large majorité d’entre eux -, ont été ainsi créés pour atténuer le risque de l’érosion monétaire. « Leur fonctionnement est simple, lance Marion Le Morhedec, gérante de la gamme obligataire inflation chez Axa Investment Managers (Axa IM). Ces OPCVM versent des coupons moins élevés que les obligations nominales (classiques) mais ces derniers ainsi que le capital remboursé à maturité sont revalorisés en fonction de l’érosion monétaire. L’écart constaté entre le coupon délivré par un papier à taux fixe et son équivalent indexé sur l’inflation constitue l’inflation anticipée, autrement nommée dans notre jargon le point mort d’inflation. »

Profiter des dynamiques d’inflation

Les moteurs de performance sur ces fonds sont de plusieurs ordres. En arbitrant les inflations entre elles, le gérant peut privilégier une zone géographique plutôt qu’une autre. « Alors qu’au mois de juillet dans la zone euro, la période des soldes est particulièrement défavorable sur le plan de l’inflation, aux Etats-Unis, les vacances estivales sont, elles, accompagnées d’une inflation forte, explique Marion Le Morhedec. C’est ce qu’on appelle la ‘driving season’, qui voit les Américains rejoindre en masse et en voiture leur lieu de vacances. Une période qui voit flamber le prix du carburant. » Autre possibilité de gagner de l’argent : jouer la courbe des taux. « Cela permet de profiter des dynamiques d’inflation à court ou long terme, très différentes suivant les zones géographiques », poursuit la gérante. L’arbitrage peut également porter sur les émetteurs : un papier émis par l’Allemagne sur l’inflation européenne et une obligation proposée par la Grèce indexée à l’inflation européenne présentant des écarts de rendement.

Crainte de l’augmentation des taux

Bien que cette immunisation contre l’inflation convienne à la stratégie de nombreux institutionnels de long terme, tels que les fonds de pension et les assureurs soucieux de maintenir le pouvoir d’achat de leurs propres clients, « ces produits restent très imparfaits en cas de remontée de l’inflation, souligne Eric Bourguignon, directeur de la gestion taux et crédit de Swiss Life Asset Management. En effet, une poussée inflationniste se traduit généralement par une augmentation des taux réels (taux d’intérêt nominal corrigé du taux d’inflation, NDLR), et cette hausse des taux provoque une baisse de la valeur de l’obligation, ce qui diminue donc l’attrait des fonds indexés ».

C’est pourquoi trois sociétés de gestion, Swiss Life Asset Management, CPR Asset Management (CPR AM) mais aussi Amundi (côté Société Générale Asset Management) ont créé ces derniers mois des produits protégés contre la remontée des taux. « Nous immunisons le portefeuille de CPR Focus Inflation contre les mouvements de taux de manière à ce qu’il ne soit exposé qu’au seul risque inflationniste », développe Christophe Dehondt, gérant de taux chez CPR AM. Et pour cela, le gérant s’expose sur les papiers indexés tout en couvrant ses positions par la vente d’obligations nominales de maturité équivalente. D’autres, comme Swiss Life AM ou Amundi (du côté de SGAM) ont choisi au travers de Swiss Life Funds Bond Inflation Protection (zone internationale) et de SGAM Invest Inflation Duration Free (zone euro) de se couvrir en étant vendeurs de futures de taux.

Alors qu’une obligation à taux fixe est sensible à la fois aux taux réels et à l’inflation anticipée, que les papiers indexés restent exposés aux taux, les produits breakeven ne sont sensibles qu’à la seule inflation. « Elle est ici considérée comme un actif à part entière dont le gérant va tirer profit, nuance Laurent Gonon, gérant obligataire chez Amundi. La différence entre ces produits-ci et les fonds obligataires indexés de facture plus classique réside dans le fait que les premiers ne délivrent pas de rendement, le risque de taux étant couvert. Par ailleurs, l’architecture de ces produits suppose que le gérant ait raison à la fois sur une accélération de l’inflation et sur une augmentation des taux suffisamment élevées pour que le coût de la couverture ne vienne pas amputer trop fortement le rendement global du fonds. » Néanmoins, les gérants s’accordent à penser que ces produits devraient bénéficier de la décollecte sur les OPCVM monétaires dont la performance se réduit comme peau de chagrin, et se positionner en support d’attente pertinent pour investisseurs de long terme.

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