L’économie française entre dans une phase de convalescence

le 19/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Fortement fragilisée, l’activité économique sort à petits pas de la récession. Le recul du PIB devrait être de l’ordre de 2,5 % cette année.

La chute a été si sévère que le sursaut peut impressionner. Mais avant de parler de reprise économique saine capable de ramener les différents indicateurs économiques et sociaux aux niveaux qui étaient les leurs avant la récession, le chemin à parcourir est encore long et cahoteux.

La production de l’industrie manufacturière illustre à merveille ces indicateurs au profil dentelé selon les repères chronologiques utilisés : un décevant -1,6 % en septembre et pourtant un bon troisième trimestre de 3,3 %, mais au final une chute en glissement annuel de 11,7 %. Dans un registre similaire, la croissance décevante du PIB au troisième trimestre (+0,3 % pour un consensus entre 0,5 % et 0,8 %), venant après la surprise d’un résultat positif inattendu au deuxième trimestre (+0,3 %), et avant un possible 0,5 % pour les trois derniers mois de l’année, selon l’indicateur avancé de la Banque de France, donne cette impression de parcours sinueux typique des sorties de récession hésitantes.

Pour l’instant, la récession est chiffrée à -2,4 % pour l’ensemble de 2009. Ce qui fait dire à d’aucuns que l’économie française s’en sort mieux, ou plus exactement qu’elle est dans une situation moins grave que ses voisins européens (-4,1 % en moyenne en zone euro) grâce à toute une série d’amortisseurs : le poids important des dépenses publiques et de la Fonction publique si décrié en temps normal, des banques moins atteintes par la crise que leurs homologues étrangères, un endettement « raisonnable » des ménages autour de 50 % du PIB, des gains de pouvoir d’achat (un acquis 2009 de +1,8 %, selon l’Insee), une économie de plus en plus tournée vers les services, etc.

Mais des rebonds avec des pourcentages encourageants ne font pas une reprise. « Par exemple, le commerce extérieur a beau se redresser et être d’ailleurs le seul contributeur positif à la croissance au troisième trimestre, les exportations sont encore 20 % en dessous de leur pic atteint début 2008 », commente Alexander Law, chef économiste de Xerfi. Du côté des entreprises, le message envoyé par leurs dirigeants à travers l’enquête sur l’investissement dans l’industrie de l’Insee est clair : une baisse en valeur des projets des industriels de 24 % suivie d’un nouveau repli de 5 % l’an prochain. « Ils n’ont aucune visibilité conjoncturelle et le disent. Quant au processus de déstockage que nous venons de voir, il est illusoire d’imaginer qu’un restockage identique en ampleur va avoir lieu », considère Alexander Law. « L’investissement industriel sera le dernier à repartir », tempère Denis Ferrand, économiste à COE Rexecode, qui préfère mettre l’accent sur la résistance de la consommation des Français. Explication : « Le pouvoir d’achat du revenu disponible (RDB) a augmenté cette année pendant que le PIB diminuait tout comme l’emploi a moins baissé que le PIB. »

L’acquis

Le soutien technique de l’acquis de croissance à l’entame de l’année devrait sauver les chiffres de 2010 et faire apparaître une croissance positive. Denis Ferrand table ainsi sur une progression du PIB de 2,2 % l’an prochain en comptant sur des effets d’acquis importants (croissance en hausse fin 2009 et début 2010), à l’inverse du scénario de cette année. Alexander Law considère pour sa part que l’acquis de croissance « va perdre de sa puissance au premier trimestre 2010 ».

En l’absence de soutien de la part des entreprises, tout se jouera sur la consommation. Le retour à une inflation légèrement positive amputant du pouvoir d’achat, la fin de la prime à la casse pour soutenir le secteur automobile, la faiblesse du crédit à la consommation, la remontée du taux d’épargne financière (de 4,9 % du RDB en 2008 à 7,3 % à fin juin) et la dégradation de l’emploi depuis un an (même si l’intérim recrute à nouveau depuis cet été) militent pour un affaiblissement de la consommation. « Un trimestre négatif l’an prochain n’est pas à exclure », poursuit Alexander Law. « Le rebond est bien là, même s’il manque de souffle. Dans ces conditions, il ne faut pas espérer retrouver les niveaux de production d’avant la récession avant 2011. Et même 2012 pour voir des entreprises qui investissent », conclut Denis Ferrand. Dans ce contexte, il ne fait guère de doute que le taux de chômage dépassera prochainement le seuil de 10 % de la population active. L’économie française s’est extirpée de la récession mais n’est pas sortie d’affaire.

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