L’attribution de performance, un marché prometteur

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

En gestion institutionnelle comme privée, ces outils ont une importance accrue. Mais les éditeurs de logiciels adoptent des stratégies divergentes.

Faire de la performance, c’est une chose, démontrer de quelle manière elle été obtenue et avec quels niveaux de risques en est une autre », déclare Stéphane Wathier, directeur de la gestion sous mandat de Société Générale Private Banking. Celle-ci vient d’ailleurs de déployer un module d’attribution de performance pour ses filiales à Monaco fin décembre 2009 et au Luxembourg en avril 2010. Ce type d’outil permet d’évaluer la qualité des processus d’investissement et de comprendre l’impact de chaque décision, à travers la performance de chaque poche d’un portefeuille. La banque privée est équipée du logiciel Triple A de l’éditeur luxembourgeois Odyssey pour la gestion de portefeuille pour l’ensemble de ses entités à une seule exception. « Ces deux entités, partageant la même plate-forme informatique, sont les seules, à ce stade, à avoir émis le besoin pour ce type d’outil, précise Benoît Salmon, directeur informatique de Société Générale Private Banking. Elles pratiquaient l’attribution de performance de façon manuelle, à l’aide d’outils bureautiques, pour quelques clients intéressés. » « Elles étaient mûres en termes d’organisation, confirme Stéphane Wathier. On s’oriente vers des modèles de gestion d’actifs dont la technicité s’apparente à celle de la gestion institutionnelle, tout en l’adaptant aux besoins de notre clientèle. »

Que ce soit en banque privée et, de façon encore plus marquée, dans le domaine de la gestion institutionnelle, la demande d’outils d’attribution de performance est dynamique. « Pour la gestion privée, la demande est assez récente mais elle s’est développée depuis le début de la crise », confirme Emma-Jayne Wood, responsable du développement de la France chez Rimes Technologies, plate-forme externalisée pour les mesures de performance et les analyses d’attribution, en proposant des modèles et des indices de références sur plusieurs centaines d’actifs. Même sentiment chez l’éditeur français BI-Sam, spécialisé dans les outils d’analyse de performance et de reporting : « Nous ressentons une forte demande depuis la crise, rapporte Alexandre Harkous, président de BI-Sam. Tout le monde s’est aperçu que les outils d’attribution de performance étaient nécessaires, d’autant plus dans la gestion institutionnelle où les montants en jeu sont très importants et les clients exigeants en termes de ‘reporting’. Nous avons aussi noté une forte demande de la part de la gestion privée, à partir du moment où les maisons mères ont donné leur feu vert. » L’éditeur français a signé avec six nouveaux clients en 2009, quatre à Londres, un en Finlande et un aux Etats-Unis. En 2010, trois nouveaux clients, français, ont été enregistrés.

Une demande plus sophistiquée

La demande d’attribution sur les taux est une tendance assez forte. Basée sur les normes GRAP (Groupement de recherche sur l’attribution de performance), elle traite de l’attribution de performance pour les actifs sophistiqués tels les produits de dérivés de taux, change, crédit. « L’attribution de taux est plus que jamais d’actualité », souligne Alexandre Harkous. Et d’autant plus sur le marché français, dont les besoins sont plus sophistiqués que ceux des marchés anglo-saxons. « En France, les investissements dans l’obligataire et le monétaire sont beaucoup plus développés que dans le monde anglo-saxon, plus concentré sur les actions, complète Emma-Jayne Wood. Dans les appels d’offres et pour gagner des mandats de gestion, il faut proposer des modèles plus complexes que la méthode Brinson (dédiée à l’attribution actions). Les fonds de pension, notamment, demandent du ‘reporting’ basé sur l’attribution de taux. » La stratégie de certains éditeurs est donc d’ajouter des modèles d’attribution aux bibliothèques de calcul de leurs plates-formes logicielles. Ainsi, BI-Sam, qui propose déjà cinq modèles, ne compte pas s’arrêter là. « Nous avons travaillé sur le modèle Singer Karnosky permettant de mieux expliquer la gestion active des devises, précise Alexandre Harkous. Et nous en mettons actuellement un au point qui permet d’associer l’attribution de risque et performance. » Basée sur les travaux conduits en 2008 et 2009, par les membres du club Ampere (Asset Management PErformance & REporting), cette méthode permet, entre autres, de répartir un budget de risque entre les différents facteurs d’une gestion de portefeuille diversifiée. Des clients, dont Covea Finance, sont en train de valider le modèle. Une version finalisée est prévue à la commercialisation pour septembre 2010. Rimes Technologies offre également, en mode hébergé, un très large choix de méthodologies, pour toutes les classes d’actifs avec des bibliothèques de calculs et des données de benchmarks.

Pression sur les prix

Mais d’autres acteurs ont une vision différente du marché. « Juste avant la crise, c’était la course à la méthodologie. Les systèmes d’attribution sont devenus très complexes et difficiles à exploiter pour les utilisateurs, raconte Michel Lempicki, président Europe de l’éditeur anglais Statpro. La crise aidant, les interrogations sur la rentabilité des départements analyses se sont fait jour et la pression a été très forte sur les éditeurs pour réduire les coûts, entraînant des baisses de l’ordre de 20 % à 30 %. » Statpro a donc fait des choix stratégiques radicaux pour réduire les coûts de ses logiciels. D’abord permettre une utilisation simplifiée avec la mise à disposition de données de benchmark. « Le faire faire par le biais de prestataires rajoutait une marge supplémentaire, donc un renchérissement du coût du logiciel », relève Michel Lempicki. Statpro a pris ensuite la décision de proposer une méthodologie simplifiée. Disponible depuis début 2010, elle repose uniquement sur les positions (holding based) et permet de réduire les coûts de production. Enfin, Statpro a changé de modèle économique, passant de la vente de licence au Saas (Software as a Service), c’est-à-dire le logiciel accessible en ligne et facturé à la demande. « Avec le modèle classique de la vente de licence, 50 % de nos ressources informatiques étaient consacrées à la maintenance de différentes versions de nos logiciels héritées de dix ans d’existence, explique Michel Lempicki. La mise à jour d’un client sur site pouvait prendre beaucoup de temps à un consultant. En mode Saas, on propose, sur un serveur de test, la nouvelle version qui n’a plus qu’à être validée. » Statpro a dû mettre en place trois nouveaux datacenters, un en Angleterre et deux en Amérique du Nord, présentant un niveau de sécurité satisfaisant pour ses clients gérants d’actifs. Depuis 2009, l’application d’attribution de performance des nouveaux clients est hébergée dans ces datacenters. Et d’anciens clients se sont convertis au mode Saas, comme Carmignac Gestion ou Fédéris Gestion. « Il y a de nombreuses opportunités pour le modèle Saas, concède Alexander Harkous. Mais tout dépend à qui on s’adresse. Pour les acteurs de taille moyenne ou moindre, c’est un modèle économique d’avenir que nous avons mis en place. »

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