L'avis de... Vincent Lefèvre, associé du cabinet de conseil Eurogroup Consulting

« Je ne crois pas à une interdiction du système de rétrocessions »

le 23/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Que pensez-vous du mode de rémunération des distributeurs basé sur les rétrocessions ?

Ce mécanisme profite à la fois aux sociétés de gestion et aux distributeurs. Pourtant, on peut légitimement se demander s’il est normal que le distributeur perçoive une rémunération durant toute la durée de détention du produit par son client, alors que l’effort se concentre sur la période de vente. L’argument selon lequel cela dissuade les banques de faire du « churning » (un excès de transactions, NDLR) ne convainc pas totalement.

Ce système de rémunération est-il remis en question ?

Il existe en effet un certain nombre de pressions autour de ce sujet. Tout d’abord, nous ne sommes pas à l’abri d’une décision de la Commission européenne de se saisir de ce thème. Cela poserait surtout un problème en France et en Allemagne, pays dans lesquels la plupart des réseaux bancaires perçoivent des rétrocessions de commission de gestion élevées. En Grande-Bretagne, les banques sont moins exposées car l’architecture ouverte y est plus importante. Par ailleurs, la création de l’Esma (European Securities and Market Authority, NDLR) pourrait aussi être l’occasion pour ce nouvel acteur d’affirmer son opposition à cette pratique, dans la continuité du CESR (Comité européen des régulateurs de marchés, NDLR). Enfin, en France, l’Autorité des marchés financiers met aujourd’hui l’accent sur la distribution et sur la réalité du conseil donné lors de la vente.

Quels sont les risques pour les distributeurs ?

Les banques de réseau, percevant parfois jusqu’à 80 % des frais de gestion des fonds qu’elles commercialisent, sont celles qui ont le plus à perdre. Je ne crois pas à une interdiction du système de rétrocession. Mais il est possible qu’on leur demande d’allouer plus de moyens à leur activité de conseil. Les banques ont aujourd’hui une carte à jouer pour démontrer que les rétrocessions sont une véritable pratique de place et non pas juste un partage du pactole entre établissements financiers au détriment du client final. La solution consisterait à développer l’architecture ouverte, y compris dans les grands réseaux : la notion de conseil prendrait alors tout son sens et les rétrocessions pourraient converger entre sociétés de gestion.

A lire aussi