Le Japon cherche de nouvelles solutions pour endiguer la déflation

le 08/04/2010 L'AGEFI Hebdo

La baisse des salaires vécue en 2009 pourrait s’atténuer si la reprise des exportations nippones vers l’Asie se poursuit.

Ceux qui tapent le terme « déflation » sur un moteur de recherche internet peuvent découvrir que le mot « Japon » lui est presque systématiquement associé. Cela fait en effet près de quinze ans que le Pays du Soleil levant cohabite avec des indices de prix orientés à la baisse. Au point qu’une centaine de députés du Parti démocrate du Japon viennent de créer un groupe de travail dont la mission est de proposer des mesures destinées à endiguer le mal. Pour Sophie Mametz, économiste de Natixis, « même si leurs moyens d’actions demeurent restreints, c’est toujours une bonne initiative de mettre en place un groupe de travail sur une problématique aussi importante ».

Tandis que le pays semblait renouer avec une inflation modérée au début de 2006, le phénomène a été ravivé par la crise mondiale. En mars, l’indice des prix hors aliments frais et charges locatives, pris comme référence par la Banque du Japon (BoJ), a affiché une baisse de 2,1 % en glissement annuel. Autre indicateur éloquent, « le prix de la terre publié en janvier 2010 s’est replié de 4,6 % en glissement annuel », indique Sophie Mametz. Sans parler de la contraction marquée des salaires, principale source de déflation. Pour l’économiste de Natixis, « la baisse des salaires entraîne une diminution de la consommation et, par ricochet, une réduction des prix proposés aux consommateurs ».

Les bonus, une variable clé

L’ajustement s’est effectué principalement par les bonus qui représentent 17 % de la rémunération des salariés (hors contrat à durée déterminée et travailleurs temporaires). D’après Philippe Bardol, directeur Ubifrance au Japon, « le bonus, généralisé à tous les contrats à durée indéterminée, n’a pas la connotation élitiste qu’il a ailleurs. Cette variable d’ajustement en cas de crise explique en partie le ‘faible’ taux de chômage japonais, inférieur à 5 % à l’heure actuelle. L’avantage de ce processus est de préserver l’emploi ».

Seule une amélioration notable du climat des affaires, propice à une revalorisation salariale, permettrait de stopper la chute en déflation. Signe positif, l’indice du sentiment des grandes entreprises manufacturières de l’enquête trimestrielle Tankan de la BoJ s’est fortement redressé. Ce rebond s’explique surtout par la reprise des exportations, en particulier vers l’Asie. « Le gouvernement a conscience de l’importance du commerce extérieur. Des réformes destinées à améliorer la compétitivité des entreprises nippones sont en cours, explique Philippe Bardol. Le Premier ministre, dont la priorité affichée au début de son mandat était le soutien de demande intérieure, a adapté sa politique. » C’est ainsi que l’application de plusieurs mesures en faveur de la consommation, telles que les allocations familiales, sera progressive.

Si le mécanisme de financement de l’importante dette publique du pays, détenue essentiellement par les résidents, n’est pas mis en péril, le Premier ministre doit tenir compte des voix prônant plus d’austérité budgétaire. En d’autres termes, ménager la chèvre et le chou en vue des élections à la Chambre Haute en juillet.

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