Dossier Finance carbone

Les investisseurs dans les fonds CO2 restent dans l’expectative

le 02/09/2010 L'AGEFI Hebdo

En attendant des réglementations internationales stables pour le marché, les fonds spécialisés changent d’orientation.

Initié en 1999 par la création du Prototype Carbon Fund de la Banque Mondiale, le développement des fonds carbone s’était accéléré pour atteindre une centaine de véhicules : 96 fin 2009 représentant une capitalisation totale de 10,8 milliards d’euros, selon une récente étude de CDC Climat. « Mais les levées de ces fonds n’ont pas été linéaires dans le temps », explique Emilie Alberola, chef de projet recherche chez CDC Climat. Si 46 de ces fonds sont nés d’initiatives privées entre 2005 et 2008, le gros des montants reste d’origine publique, répondant aux contraintes des Etats ayant ratifié le protocole de Kyoto. Or, un objectif de cet accord était d’attirer des investisseurs privés pour participer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui a fonctionné avant la crise. Mais celle-ci, en plus d’avoir un impact sur la baisse des besoins en « crédits carbone », est devenue un frein aux projets de marchés régionaux, aux Etats-Unis ou en Australie notamment.

Quid après 2012 ?

En rechignant à s'engager, ces pays bloquent par là même, comme l’a montré la conférence des Nations unies à Copenhague en décembre dernier, l'engagement des pays émergents devenus d'importants émetteurs de CO2. Seule l’Europe propose, avec sa directive sur les quotas EUA (European Union Allowance), un peu de visibilité. Du coup, les institutions privées ont quasiment arrêté d’investir dans ces fonds depuis 2009 (voir le graphique). Même Natixis E&I, qui avait lancé dès 2005 l’European Carbon Fund à l'initiative de la Caisse des dépôts - CDC - (143 millions d’euros levés auprès de quatorze institutions financières), a différé la commercialisation de son deuxième fonds et changé d’approche (lire ci-dessous). Sans précision sur les suites du protocole de Kyoto, l’incertitude demeure sur la demande de crédits par les Etats au-delà de 2012. Les fonds se tournent donc vers les industriels européens, qui, grâce aux quotas imposés jusqu’en 2020, resteront, eux, demandeurs de crédits CER (certified emission reduction) issus des mécanismes de développement propre (MDP) dans les pays émergents. Surtout si un cours du CER inférieur à celui des quotas EUA continue de permettre des arbitrages. Mais personne ne sait encore dans quelles conditions.

Jusqu’ici s’étaient surtout développés des « fonds crédits », dont l’actif est donc composé de CER. Avec majoritairement des fonds spécialisés dans l’accompagnement à moyen terme de projets générant ces CER, et parfois des fonds spécialisés dans le trading à court terme de CER. Certains gérants de hedge funds semblent cependant reculer aujourd’hui face aux incertitudes réglementaires. D’autres ont recentré leur activité vers des « fonds projets », qui financent en capitaux les projets eux-mêmes (Climate Change Capital par exemple), ou y sont venus (NatSource, Sindicatum...). Les « fonds crédits » étaient eux, pour beaucoup, déjà détenus par des industriels de l’électricité (EDF, RWE, E.On, Enel...) dans une logique de conformité réglementaire. Et ceux qui suivaient une logique de rentabilité financière évoluent donc... « Ce marché encore jeune a démontré sa capacité à attirer aussi bien des investisseurs financiers privés que des grands institutionnels publics », positive Jean-Pierre Sicard, directeur général délégué de CDC Climat. La filiale de la CDC dispose ainsi de 150 millions d’euros à investir d’ici à 2014 pour jouer son rôle de « pionnier » dans des fonds innovants comme le Fonds carbone Méditerranée, lancé en juin, ou les fonds ECF 2005, Post-2012 Fund et Fonds Capital Carbone Maroc. Un pari du secteur public qui s’accompagne d’actions politiques au niveau européen.

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