L'avis de... Thomas Mayer, chef économiste de Deutsche Bank

« Il faut créer un fonds monétaire européen »

le 18/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Le fait que l’euro ne soit pas une union monétaire optimale met-il sa survie en jeu ?

L’optimum d’une union monétaire est un pur concept. Cela n’existe pas dans le monde réel. Certaines caractéristiques de la zone euro peuvent être considérées comme optimales, d’autres pas, comme la faible mobilité du marché du travail ou l’absence d’autorité politique centrale. On pensait que le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) suffirait à compenser ces défauts. Ce n’est pas le cas. Il faut donc essayer autre chose.

Pourquoi proposer la création d’un fonds européen ?

Le Pacte de stabilité et de croissance n’est pas adapté à la gestion de crise. D’où l’idée d’un instrument spécifique. Ce fonds monétaire européen fournirait une aide conditionnelle à l’instar du Fonds monétaire international (FMI). Mais il permettrait aussi qu’un pays qui ne respecte pas les conditions du PSC et ne réalise pas de réformes structurelles soit finalement mis en défaut sans que cela déstabilise tout le système financier. Nous proposons qu’en cas de défaut d’un Etat, le fonds monétaire européen reprenne ses dettes et les liquident, avec une certaine décote.

Ne risque-t-on pas d’aggraver l’aléa moral inhérent à l’Union monétaire ?

Au contraire. Les pays contribueraient au fonds uniquement dans la mesure où ils ne respectent pas le Pacte. Leur contribution annuelle serait proportionnelle au non-respect du PSC : 1 % de la dette excédentaire par rapport aux 60 % de PIB, plus 1 % de l’excès de déficit au-delà de 3 % de PIB. Dans le cas de la Grèce en 2009, cela représenterait un versement de 0,65 % du PIB. Si le système avait été mis en place à la création de l’euro, le fonds aurait accumulé aujourd’hui 120 milliards d’euros. Mais surtout, le fonds monétaire européen ne supprime pas la possibilité d’une faillite. Il permet juste un soutien conditionnel et couvre le risque de défaut pour les contreparties.

Les gouvernements entretiennent la fiction d’une réduction très rapide des déficits. Pourquoi ne pas dire explicitement que le retour dans le cadre du Pacte est impossible à court terme ?

Nous devons au contraire conserver cet horizon. Après chaque crise financière, le risque de faillite des Etats augmente fortement. L’histoire nous apprend que nous devons travailler dur pour retrouvrer le contrôle des finances publiques. Le Pacte garde toute sa pertinence. Nous n’avons pas le choix, il faut payer la note. Une faillite souveraine non contrôlée serait encore beaucoup plus douloureuse qu’une réduction, même rapide, des déficits.

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