La gestion d’actifs en Italie à l’aube d’une grande révolution

le 08/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Intesa Sanpaolo et UniCredit ont annoncé leur intention de se séparer de leurs filiales. De quoi peser sur l’avenir de la gestion collective en Italie.

C’est la banque Monte dei Paschi di Siena qui a donné le « la », en mars 2009, cédant toutes ses sociétés de gestion collective au fonds d’investissement Clessidra. Depuis, la crise des marchés a accéléré le mouvement. Et les deux principaux groupes bancaires italiens sont prêts à leur tour à arbitrer leur activité de gestion d’actifs. Les nouvelles réglementations du secteur financier contraignent les banques à chercher du capital afin de renforcer leurs fonds propres. Les activités de banque dépositaire, système de paiement, gestion d’actifs, etc., en font les frais.

Scinder distribution et production

Cet hiver, Intesa Sanpaolo avait annoncé pour le mois de juin le retour en Bourse de sa division de banque privée Banca Fideuram, retirée de la cote fin 2006. Selon plusieurs sources, la banque vise à valoriser Fideuram autour de 3 milliards d’euros et à réaliser ainsi une plus-value de 500 millions. Mais jusqu’à présent, les investisseurs potentiels ne se sont pas bousculés, si bien que le 22 juin, l’opération a été repoussée « compte tenu des conditions défavorables du marché ». Entre-temps, la banque a indiqué avoir entamé des négociations avec le fonds de capital-investissement américain Hellman & Friedman LLC sur l’éventuelle cession d’une part minoritaire de Banca Fideuram. « Si elle se réalise, cette introduction en Bourse sera l’une des plus grandes à l’échelle européenne dans le secteur financier sur la dernière période. C’est une entité majeure en Italie et l’une des plus grandes en Europe avec 4.300 promoteurs financiers, qui gèrent 70 milliards d’euros d’actifs », affirme Massimo Arrighi, partenaire de la société de conseil AT Kearney, qui a guidé Banca Fideuram de 2005 à 2007.

De son côté, UniCredit a annoncé en mai qu’elle avait mandaté Bank of America Merrill Lynch « afin d’explorer toutes les options stratégiques » pour « valoriser » sa filiale de gestion d’actifs, devenue un acteur de premier plan avec la prise de contrôle en 2000 de l’américain Pioneer. Aujourd’hui présent dans 25  pays sur quatre continents, Pioneer Investments gère 185 milliards d’euros d’actifs et est valorisé, selon diverses sources, à environ 3 milliards d’euros. Fin 2009, le remplacement du patron italien de Pioneer, Dario Frigerio, par Roger Yates (ancien directeur général du gérant britannique Henderson Group) avait été vu comme un premier signe de cette stratégie de valorisation. « Pioneer Investments n’est pas assez gros pour maximiser la valeur de la société », a déclaré l’administrateur délégué du groupe UniCredit Alessandro Profumo, en se disant davantage tenté par un partenariat que par une cession.

« Il y a chez nous une forte concentration sur la distribution, essentiellement bancaire, au détriment de l’industrie. Les gérants d’actifs sont en train de s’affranchir, mais lentement, souligne l’économiste Carlo Maria Pinardi, de l’Université milanaise Bocconi. Plus grand producteur d’épargne en Europe, l’Italie offre un intéressant potentiel, mais elle n’a pas de gérant global doté d’une masse critique suffisante pour rivaliser avec les colosses européens. Les Italiens devraient s’agréger entre eux comme l’a fait Amundi en France ! » De fait, Amundi, qui réunit les gestions d’actifs de Crédit Agricole SA et de Société Générale et se dit ouvert à un tiers, mais aussi Natixis Global Asset Management qui se verrait bien passer une alliance, sont souvent cités comme partenaires potentiels des Italiens.

« Ces deux opérations, si elles se concrétisent, vont changer profondément le marché de la gestion collective en Italie, caractérisé par la mainmise des banques à la fois comme actionnaire et unique débouché pour les gestionnaires d’actifs qu’elles contrôlent », analyse Massimo Arrighi. Selon les données de Assogestioni, l’association des sociétés de gestion de fonds de la péninsule, quatre des cinq premiers acteurs du marché sont en effet des filiales de banques italiennes (Intesa Sanpaolo, UniCredit, Ubi Banca et Bipiemme) qui gèrent à elles seules la moitié des actifs en Italie, soit un montant net de 220 milliards d’euros d’actifs gérés sur un total de 445 milliards au 31 mars 2010.

« Ce lien avec les banques les a protégées dans un premier temps, mais limite aussi leur capacité à se développer, note encore le consultant. Les directives européennes et les sollicitations de la Banque d’Italie pour qu’il y ait plus de transparence entre le réseau de distribution et l’industrie de la gestion poussent désormais les banques à transformer leur gestion d’actifs en des réalités plus grandes et autonomes. »

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