Les Français renouent timidement avec les placements financiers

le 23/09/2010 L'AGEFI Hebdo

Les flux se redressent. Le taux d’épargne des ménages est toutefois attendu en légère baisse ces deux prochaines années.

Le taux d’épargne des Français est l’un des plus élevés du monde occidental, même s’il devrait subir une légère baisse cette année par rapport aux 16,2 % du revenu disponible brut (RDB) atteints en 2009. L’ampleur du repli varie de 0,1 à 0,7 point selon les prévisionnistes. « L’épargne de précaution, la reconstitution du patrimoine détruit pendant la crise et l’anticipation des hausses d’impôts favorisent le statu quo », estime Philippe Crevel, économiste au Cercle des épargnants. Plusieurs facteurs jouent néanmoins à la baisse. « Le revenu disponible brut des ménages devrait augmenter de seulement 1,8 % en 2010 et en 2011, prévoit Caroline Mirgon, directrice du Bipe, une société d’études et de conseil. Avec une inflation autour de 2 %, les ménages accuseront une baisse de leur pouvoir d’achat et devront baisser leur taux d’épargne pour maintenir leur consommation. »

Les crédits font les dépôts

Malgré cette érosion, les placements financiers repartent à la hausse. Ils pourraient s’élever à 115 milliards d’euros cette année selon les Cahiers de l’épargne, en progression de 10,6 % par rapport à l’an dernier, puis à 122 milliards en 2011. C’est toutefois loin du niveau d’avant-crise (147 milliards en 2007). Ils atteindraient 140 milliards en 2010 (+7,7 %) et 134 milliards en 2011, selon le Bipe. En fait, les ménages bénéficient de la reprise du crédit habitat. « Les crédits des uns font les dépôts et la consommation des autres, explique Cyril Blesson, conseiller des Cahiers de l’épargne et directeur des études économiques de Seeds Finance. Les transactions dans l’immobilier procurent aux vendeurs de nouvelles ressources à placer. »Les flux d’épargne financière se concentrent plus que jamais sur l’assurance-vie (66 % en 2010 et 68 % en 2011, selon le Bipe), en grande majorité sur les contrats en euros. Leurs rendements restent encore attractifs par rapport aux taux des livrets d’épargne réglementée (3,6 % en 2010 et en 2011, contre 2,25 % anticipés fin 2011 pour le Livret A, selon le Bipe) et aux incertitudes sur les actions. Le changement de fiscalité sur les contrats multisupports (lire l’encadré) pourrait toutefois entraîner des « réactions épidermiques » chez les épargnants, selon Cyril Blesson. « On se souvient des modifications apportées au PEL (plan épargne logement) en 2006 qui maintenaient l’intérêt relatif du produit mais qui ont provoqué beaucoup de sorties. » En outre, les sociétés d’assurances auront du mal à maintenir des rémunérations élevées au moment où les taux des obligations d’Etat sont descendus à des niveaux très bas.

Croissance moindre

Dans la suite du palmarès des placements des ménages figurent l’épargne liquide (15 % des flux en 2010 et 20 % en 2011, selon le Bipe), les titres (respectivement 12 % et 10 %), et l’épargne bloquée (8 % et 1 %). En particulier, les flux sur les dépôts à vue diminuent, mais restent importants : 9 milliards d’euros en 2010, après 19 milliards en 2009. Et ce en raison d’un coût d’opportunité vis-à-vis du Livret A relativement faible. Dans un contexte boursier délicat, le patrimoine financier des ménages progresserait de seulement 2,6 % cette année, selon les Cahiers de l’épargne. Leur patrimoine immobilier (deux tiers du total), lui, gagnerait 6,2 % grâce au rebond des prix dans l’ancien. Résultat, après un recul de 3 % en 2008 et une stabilisation en 2009, le patrimoine des ménages devrait croître de 5 % en 2010 et de 3,5 % en 2011, selon les Cahiers de l’épargne, de 3 % et 4 %, selon le Bipe. Ce chiffre monterait à 4,5 % par an sur la période 2011-2015, toujours selon le Bipe. Soit une croissance durablement inférieure à celle d’avant-crise.

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