Dossier Edhec-Risk Institute

Les fonds ISR ne créent pas de surperformance à long terme

le 03/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Une nouvelle étude confirme que l'investissement socialement responsable ne génère pas d’alphas significatifs, sur longue comme sur courte période.

L’investissement socialement responsable (ISR) a toujours été sujet à controverse, et le débat n’est pas près de se tarir. D’un côté, les partisans de l’ISR investissent de plus en plus dans ce type de gestion puisque, d’après Novethic, les encours détenus par les résidents français dépassent désormais 50 milliards d’euros. De l’autre, les sceptiques se tiennent à l’écart en revendiquant le principe de précaution. L’Edhec-Risk Institute publie une étude sur la performance des fonds ISR dont les conclusions risquent de faire camper sur leurs positions les partisans comme les détracteurs de l’ISR.

Une première étude avait été menée en 2008 par Noël Amenc et Véronique Le Sourd. Les deux chercheurs ont renouvelé et approfondi le sujet cette année pour parvenir à un résultat identique : les fonds ISR ont en majorité sous-performé leurs marchés (dits « alpha négatif » dans l'étude), mais de façon non significative, sur longue période. « Notre étude ne permet pas de démontrer de surperformance des fonds ISR, ni de réduction du degré de risque », confirme Noël Amenc, directeur de l’Edhec-Risk Institute.

L’étude menée sur trois périodes de référence (8 ans, 3 ans, 1 an) porte sur 210 fonds ISR et environnementaux investis en Europe ou à l’international. Sur longue période, c’est-à-dire entre 2002 et 2009, 69 fonds sont passés au crible de l’« alpha ». Le résultat est peu concluant : dans la grande majorité des cas, les alphas sont négatifs, mais non significatifs. Plus précisément, 38 des 45 fonds de la zone France-Euro-Europe produisent des alphas négatifs, et seulement 7 des alphas positifs. De plus, les rares (4) alphas significatifs, donc suffisamment élevés, sont tous négatifs. Le constat est plus équilibré sur les 24 fonds investis à l’international, avec autant d’alphas positifs que d’alphas négatifs.

L’Edhec a également cherché à comprendre l’exposition au pétrole des fonds ISR et environnementaux pour vérifier dans quelle mesure les fonds verts permettent de se protéger contre les variations du prix du baril. « Le facteur pétrole est dans l’ensemble peu significatif. Seuls 11 fonds sur 69, principalement des fonds verts, y sont véritablement exposés sur longue période », indique Noël Amenc.

Sur plus courte période, les conclusions sont similaires : seuls 3 alphas sur 120 fonds ISR sont significatifs mais, à nouveau, ils sont négatifs. Cette statistique balaie l’idée de leur caractère anticrise puisque ces résultats portent sur les années 2007 à 2009.

D'autres motivations

Les investisseurs les plus sceptiques s’appuieront sur les résultats de l’Edhec. Les autres poursuivront leur gestion ISR car elle est souvent motivée par d’autres facteurs que la seule performance. Ainsi, chez Groupama Asset Management, l’accent est surtout mis sur les risques en matière de gestion ISR. « Pour nous, l’ISR permet avant tout une meilleure compréhension des risques en évitant les 'accidents' sur certains titres, précise Jean-Marie Catala, directeur général délégué de Groupama Asset Management, qui gère 3,5 milliards d’euros en ISR. Cela doit donc se traduire par une moindre volatilité sur les portefeuilles ISR, mais pas forcément par une performance supérieure à court terme, même si le fait de mieux appréhender certains types de risques doit se retrouver sur la qualité de la performance sur la durée. » Un point de vue partagé par Dominique Blanc, responsable de la recherche ISR de Novethic : « L’ISR apporte autre chose que la seule performance financière. Certaines sociétés de gestion commencent à calculer l’impact extra-financier de leurs fonds en matière d’emploi ou de pollution. Ce sont des données très intéressantes pour le client, qui se contente à mon sens de savoir que son fonds ISR n’est pas sous-performant. »

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