Dossier Fondations

Les fondations américaines laissent la place aux fonds collectifs

le 17/12/2009 L'AGEFI Hebdo

Les Etats-Unis sont le pays de la générosité organisée avec plus de 70.000 institutions.

L’escroquerie de Bernard Madoff a anéanti la quasi-totalité des actifs de ma Fondation ! », se souvient Robert I. Lappin. Plus de 8 millions de dollars, dont la majorité appartenait à la fortune personnelle du philanthrope américain, se sont envolés. Sa fondation a été une des plus touchées avec celle d’Elie Wiesel. Ce dernier, à travers Humanity, détenait 15,2 millions de dollars gérés par un fonds d’investissement Madoff.

Près d’un an après et avec la crise en toile de fond, les fondations qui figuraient parmi la liste des victimes de la fraude ont pour certaines disparu, comme Chais Family Foundation. Après une fermeture en décembre 2008, Robert I. Lappin Charitable, qui œuvre pour la jeunesse juive, continue son action grâce aux anciens employés et aux nombreux donateurs qui se sont mobilisés. « En 2009, nous avons obtenu 880.000 dollars de dons provenant de centaines de donateurs et de fondations privées, explique le président de la fondation. Cette somme a permis de financer un voyage pour les jeunes en Israël cet été et financera celui de l’an prochain. » L’équipe, qui comptait deux employés à plein temps et quatre à mi-temps, est désormais composée de trois personnes à mi-temps.

Léger déclin en 2009

Une étude de la Fondation Center estime que le montant des dons des fondations sera de l'ordre de 45 milliards de dollars cette année, soit une baisse de seulement 1 % par rapport à 2008. Mais sans les 2,8 milliards de la Bill et Melinda Gates Foundation, le déclin aurait été de 3 %. Car avec la crise, bon nombre de fondations ont réduit leurs dons, comme la Nina Mason Pulliam Charitable Trustenvisage qui a planifié de donner 14,3 millions de dollars cette année, comparativement aux 15,7 millions de l'an dernier. Pour contrer cette perte de vitesse, de plus en plus de philanthropes délaissent leur fondation pour des organismes collecteurs de fonds, un moyen de gagner du temps et de l’argent.

« Nous sommes une source de confiance et garantissons la transparence. Dans ce contexte post-Madoff, ce sont les qualités recherchées », affirme Benjamin Pierce, directeur exécutif de Vanguard Charitable Endowment Program. Cet organisme, comme Fidelity Charitable Gift Fund ou encore Schwab Charitable Fund, collecte et gère des fonds de philanthropes pour ensuite les reverser à des œuvres caritatives. « Nous donnons entre 20 % et 25 % de nos fonds chaque année aux organismes de bienfaisance publics, sous forme de subventions, poursuit-il. Cela équivaut à 383 millions de dollars de notre exercice financier terminé le 30 juin 2009. »

Aux Etats-Unis, il existe près de 122.500 comptes de donateurs auprès de ces organismes. Leur nombre a augmenté de 11 % l’an dernier, après une augmentation de 13 % en 2007, selon la National Philanthropic Trust. « Vanguard en possède 7.000 et gère 2,01 milliards de dollars de fonds investis. Au cours de l'année dernière, le programme a ouvert environ 415 nouveaux comptes, explique le directeur de Vanguard Charitable Endowment Program. C’est un taux de croissance plus lent que les années précédentes, mais curieusement, nous avons actuellement plus de donations qui se chiffrent à plusieurs millions de dollars. » De plus en plus de richissimes philanthropes préfèrent, compte tenu de la conjoncture, placer d’importantes sommes dans ces organismes car ils offrent de nombreux avantages.

Les donateurs peuvent avoir droit à une déduction d'impôt immédiate lorsqu’ils contribuent à un fonds, de la même manière qu'ils feraient un don à leur propre fondation. Mais les déductions sont plus généreuses. Les philanthropes peuvent déduire les contributions en argent qu’ils donnent à un fonds à hauteur de 50 % de leur revenu brut annuel. La limite pour des dons de cette sorte est de 20 % en ce qui concerne les fondations.

Autre avantage, les organismes se chargent des formalités administratives. « Nous estimons qu’en moyenne, un donateur économise avec nous 20 % des frais administratifs par rapport à une fondation qui lui appartiendrait », évalue Jennifer Engle, porte-parole de Fidelity Charitable Gift Fund, qui totalise 56.000 comptes à travers les Etats-Unis.

Avec ces économies, les généreux donateurs peuvent continuer à verser des dons même en période de crise. Reste que certains ne sont pas prêts à franchir le pas et à se tourner vers ces fonds collectifs car ils ne veulent pas perdre le contrôle total de la gestion de leur fondation et souhaitent que celle-ci demeure entre les mains des membres de la famille.

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