L'avis de... Bernard Aybran, directeur de la multigestion d’Invesco Asset Management

« Les flux vers les actions diminuent »

le 01/07/2010 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs de long terme existent-ils encore ?

Ils sont de moins en moins nombreux en Europe et aux Etats-Unis… Le contexte marqué par l’incertitude quant au dénouement de la crise de la dette souveraine en Europe favorise l’allocation tactique. Les positions à court terme de certains investisseurs peuvent tourner toutes les deux à trois semaines si nécessaire ! Ceux-ci doivent composer avec l’humeur des marchés, proche de la schizophrénie : quand les dettes de la Grèce et du Portugal sont sanctionnées sous prétexte d’un déficit public qui ne se réduit pas assez vite, celle de l’Espagne est pénalisée de peur que les mesures de rigueur choisies ne menacent de tuer dans l’œuf les espoirs de reprise du pays. En tout état de cause, le nombre d’investisseurs de long terme est limité en France où il n’existe pas de fonds de pension. La Caisse des dépôts joue ce rôle mais pour des montants restreints. Quant au Fonds de réserve pour les retraites (FRR), celui-ci est amené à s’éteindre progressivement dans le cadre de la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Peut-on envisager un nouveau cycle « bull market » des marchés d’actions ?

Les conditions ne sont pas réunies pour un tel mouvement. Cette situation n’exclut pas pour autant de profiter de phases de hausses spectaculaires (bear market rally) à l’image de celle qui a commencé en mars 2009, mais qui a de bonnes chances de ne pas durer cinq ans. Contrairement à la tendance des années 80, les flux vers les actions diminuent. Sortant d’une décennie marquée par deux krachs majeurs, les investisseurs en acquièrent de moins en moins. Leur aversion au risque n’est pas le seul frein. Les institutionnels sont contraints par le poids de la démographie et des normes prudentielles, telle Solvabilité II, qui orientent les flux vers les obligations d’Etat. Les ménages également seront moins incités à acheter des actions qu’auparavant. La réforme des retraites prévoit de mettre à contribution les revenus du capital en taxant davantage les dividendes perçus par les actionnaires. Ensuite, les « baby-boomers » proches de la cessation d’activité seront plutôt tentés de réduire le degré de risque de leur portefeuille en prévision des arrivées à échéance de leurs besoins. Autre facteur défavorable à une montée des cours continue et durable en Bourse, les valorisations des entreprises approchent souvent de leurs moyennes historiques.

Quelle est votre stratégie d’allocation d’actifs ?

Malgré le manque de visibilité qui prévaut, expliquant la part belle au cash (40 % de notre allocation d’actifs), nous avons identifié quelques tendances longues. C’est ainsi, par exemple, que nous achetons des actions des mines d’or et des valeurs technologiques.

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