Dubaï traduit l'état de fébrilité des marchés

le 03/12/2009 L'AGEFI Hebdo

La défaillance de Dubaï World et Nakheel sur leurs dettes ne semble pas de nature à créer un effet de contagion dans les pays émergents.

Dubaï n’est pas « too big to fail ». C’est le message qu’est venue rappeler la semaine dernière la nouvelle de la possible faillite de l’émirat, contraint de demander un moratoire de six mois à ses créanciers pour deux de ses principales entreprises, Dubaï World et Nakheel - constructeur des îles palmier -, incapables de rembourser une partie des 59 milliards de dollars empruntés. L’annonce a soufflé un vent de panique sur les marchés financiers mondiaux, traduisant l’état de tension qui règne sur ces marchés. Le retour au calme observé depuis semble néanmoins confirmer le caractère isolé de cet événement.

L’enfant terrible des EAU

Le coût de protection contre la défaillance de l’émirat a plus que doublé en l’espace de trois jours : les credit default swaps (CDS), qui étaient retombés à moins de 300 points de base (pb) en octobre après avoir atteint 900 pb pendant la crise en février dernier, ont repris l’ascenseur, bondissant à 647 pb, selon CMA Datavision. Les tensions se sont apaisées quand la banque centrale a assuré de son engagement à soutenir les banques locales, fortement exposées sur ces projets.

Les difficultés de Dubaï ne datent pas d’hier. De taille réduite - une population de 1 million d’habitants, un PIB de 50 milliards de dollars et une dette totale (souveraine + corporate) de 80 milliards de dollars -, l’émirat de Dubaï fait figure d’enfant terrible parmi les Emirats Arabes Unis (EAU). Un endettement incontrôlé et un problème de viabilité économique de ses projets ont conduit à la débâcle du pays. Dépourvu d’un sous-sol riche en pétrole comme ses voisins, Dubaï a misé tout son développement sur l’immobilier (25 % du PIB et 60 % de l’immobilier des Emirats) et la finance, deux secteurs mis à mal par la crise financière. Pour les spécialistes de la zone, on assiste aujourd’hui à un juste retour des choses. « Déjà en période d’euphorie, le développement immobilier de Dubaï était excessif et orienté vers des investissements spéculatifs, explique Pascal Devaux, économiste de BNP Paribas. Avec la crise financière, 40 % des projets immobiliers dans les EAU, dont la plupart à Dubaï, ont été annulés ou mis en attente, les prix de l’immobilier se sont effondrés de 50 % depuis un an. » Dubaï affichait un endettement important (90 % du PIB) qui est davantage orienté sur le court terme que la plupart des pays du Golfe.

Effet domino

Cette mini-crise a suffi à faire ressurgir en l’espace de quelques heures la crainte d’un effet domino sur l’ensemble des pays émergents. Au lendemain de l’annonce du moratoire, les CDS se sont légèrement écartés sur le Brésil et la Chine. Il faut souligner qu’en cette période de fin d’année, propice aux prises de profits, le marché est plus que jamais aux aguets. « Or, cette défaillance est vraiment très localisée », affirme Pascal Devaux, qui table néanmoins sur une « augmentation de l’aversion pour le risque dans les pays du Golfe ». La moindre mauvaise nouvelle peut provoquer un sursaut sur les marchés. « Après la dégradation de la dette souveraine du Mexique, les craintes sur la Grèce et la dévaluation du dong vietnamien, Dubaï n’est que la queue de peloton d’une série d’événements qui constituent autant de prétextes pour prendre des profits en fin d’année », corrobore Raphaël Gallardo, stratégiste d’Axa IM.

Si les marchés restent avant tout persuadés de la poursuite du scénario de reprise, ils gardent un œil rivé sur l’évolution de certains pays jugés plus vulnérables en raison de l’importance de leur dette corporate externe. « Par ordre d’importance, les plus exposés sont de ce point de vue la Russie, la Turquie, la Corée du Sud et le Mexique », explique François Faure, spécialiste des émergents chez BNP Paribas. Peu d’inquiétudes en revanche dans l’ensemble sur leur dette souveraine. « Grâce au rebond du pétrole, le besoin de financement externe de la Russie est moins important qu’avant la crise et ses réserves de change ont remonté de 10 % », souligne Magda Branet, stratégiste d’Axa IM. En Turquie, les flux de portefeuilles affluent vers les marchés boursiers.

L’événement de Dubaï est venu rappeler que le choc de la crise financière était loin d’être absorbé. L’agence de notation Standard & Poor’s estime à plus de 180 milliards de dollars le montant des provisions pour pertes sur crédits que les cinquante plus grandes banques européennes vont encore devoir passer.

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