Dossier spécial Fund Forum - Gestion d'actifs

Les distributeurs britanniques à l’aube d’une révolution

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

La « Retail Distribution Review » doit être mise en œuvre en 2012. Les conseillers financiers devront négocier leurs commissions.

Une révolution en profondeur devrait très bientôt toucher le paysage de la distribution des produits financiers outre-Manche. L’autorité de régulation des marchés britanniques, la FSA, a lancé dès juin 2006 une étude détaillée du secteur sous le nom de Retail Distribution Review (RDR) dans l’objectif de mettre à plat les pratiques de rémunération des conseillers financiers, souvent jugées opaques, voire peu justifiées, à l’égard des clients. Dès 2012, date attendue de l’application de cette réforme, les conseillers financiers ou IFA (independant financial advisors) seront ainsi dans l’obligation de négocier directement avec leurs clients le montant de leurs commissions, et ce en amont de toute transaction. Les consommateurs pourront alors choisir de payer les commissions aux conseillers directement ou encore d’ajouter ce montant au prix total du produit. Cette réforme, qui va dans le sens d’une transparence accrue des pratiques de rémunération, empêchera ainsi les conseillers de proposer à leurs clients des produits sur lesquels ils peuvent encore aujourd’hui obtenir des taux de rémunération plus élevés.

Une réforme qui fait naturellement le bonheur des fournisseurs d’ETF (exchange-traded funds). Et pour cause, ces produits financiers, qui ont fait leur apparition outre-Manche en 2000, ne sont pas soumis au régime des commissions, les rendant de ce fait peu attractifs aux yeux des conseillers. « A l’inverse du marché américain où les ETF sont concentrés sur le marché ‘retail’, la vente de ces produits s’est faite au Royaume-Uni à destination de la clientèle institutionnelle », rappelle ainsi Neil Jamieson, responsable des ventes au sein d’ETF Securities. Chiffres à l’appui : alors qu’en Europe, seuls 10 % de leurs actifs proviennent des fonds retail, ce pourcentage est de 50 % aux Etats-Unis. « Les marges sont trop faibles, explique Neil Jamieson. En fonction des produits, elles peuvent varier entre 35 et 99 points de base. » Selon Deborah Fuhr, managing director et responsable global ETF Research chez BlackRock, la mise en place de cette réforme permettra ainsi de créer un level playing field, un cadre commun, dans l’industrie : « Grâce à cette réforme, on pourra effectivement juger du degré d’indépendance des conseillers financiers. Si ce principe n’est pas appliqué, ces derniers devront en répondre auprès de la FSA. »

Conséquence évidente de cette réforme, l’accélération des ventes des produits ETF au Royaume-Uni, qui ne représentent actuellement qu’environ 2 % de la gestion d’actifs, est attendue par les professionnels : « Cette réforme va également permettre de transformer en profondeur la mentalité en vigueur dans la distribution des produits financiers, ajoute David Chellew, responsable Market Position au sein de HSBC Global Asset Management. De toute évidence, c’est l’ensemble des fonds indiciels qui seront mieux positionnés suite à cette réforme. » Personne ne s’attend pour autant à un effet de rattrapage sur le continent américain : « Bien que la RDR constitue une grande avancée sur le marché des fonds ‘retail’, il ne faut pas s’attendre à un rééquilibrage rapide entre ‘retail’ et institutionnel sur le court terme », estime Deborah Fuhr.

Qualification minimale

Autre conséquence attendue : la Retail Distribution Review va également permettre d’élever le niveau de formation des conseillers, relativement faible. « Les standards professionnels ne permettent pas aujourd’hui aux IFA de donner des conseils sur l’ensemble du marché des produits financiers », juge Neil Jamieson. La RDR prévoit en effet d’imposer un minimum de qualifications, équivalent à la première année d’université britannique, et d’établir un comité professionnel (professionnal standards board) destiné à accroître le niveau de confiance des clients dans cette industrie. « Nos équipes de marketing ont d’ores et déjà fait des efforts dans le sens d’une formation supplémentaire des conseillers financiers aux produits ETF, notamment au travers de séminaires », souligne Deborah Fuhr. Par effet de ricochets, la réforme britannique pourrait aussi apporter un souffle nouveau à la vente de produits ETF sur le marché européen. En attendant une accélération attendue après 2012, la FSA a promis de lancer dès cet été une nouvelle consultation sur la future plate-forme de réglementation, en y incluant un calendrier précis des modifications réglementaires nécessaires à la mise en place des propositions contenues dans la RDR.

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