L'invité de L'Agefi

La directive OPCVM bouleverse le contrôle des risques

le 28/10/2010 L'AGEFI Hebdo

L’internalisation au sein d’un dispositif de la société de gestion intégré et unique doit assurer une maîtrise totale des données et des méthodes.

Par Flavien Duval, membre du comité exécutif, directeur des risques d’Edmond de Rothschild Asset Management (EDRAM)

En écho aux mesures et réflexions initiées en Europe par la communauté financière à la suite de la crise, la directive OPCVM (Ucits IV) renforce et encadre précisément les modalités et méthodologies de suivi, contrôle, analyse et reporting des risques supportés par les fonds disposant du passeport Ucits. Au travers des instructions qu’elle contient, présentées en particulier dans le document du CESR (Comité européen des régulateurs de marchés) de juillet 2010, elle redéfinit implicitement la fonction risques dans les sociétés de gestion en la faisant tendre vers un périmètre d’intervention et un degré d’exigence quasi identique à ce qui est fait dans les banques d’investissement.

Les impacts de cette directive sur les politiques et gouvernances risques des sociétés de gestion sont forts et représentent un réel challenge pour les mois à venir, l’application du texte étant prévue pour le mois de juillet 2011. Mais rentrons dans le détail.

Les instructions en matière de mesure de risques définissent clairement le cadre méthodologique et donc organisationnel à mettre en œuvre. Le choix des méthodes de mesure de l’exposition en risque est « à la main » de la société, mais doit être documenté. Quel qu’il soit, il est totalement cohérent avec les standards des banques d’investissement. Ainsi, l’approche VaR (Value-at-Risk), fortement recommandée si le fonds comporte des dérivés, est calquée sur les normes en vigueur dans les banques : VaR historique ou Monte-Carlo uniquement, calculée a minima quotidiennement et complétée de stress scenarii adaptés à la réalité des risques supportés par le fonds, back-testing mensuel calculé sur la base d’un P&L (Proft and Loss) hypothétique.

Ces instructions nécessitent la mise en place, au sein des fonctions risques, d’un périmètre fonctionnel complet regroupant tous les éléments de monitoring des politiques d’investissement : suivi des contraintes d’investissement (des contraintes réglementaires classiques au suivi plus technique des risques de marché ou de liquidité), analyse précise de la performance (via l’explication de P&L et les calculs de contributions/attributions), risque de contrepartie.

Ce périmètre fonctionnel présente pour une partie de l’industrie une véritable mutation. D’un point de vue organisationnel, les directions des risques devront assumer la globalité du suivi des fonds alliant des aspects de production (le suivi des « ratios » en particulier souvent pris en charge par des équipes de production) et des sujets plus techniques et quantitatifs en ligne avec les instructions de la directive. Cette nouvelle définition pose bien sûr le problème de l’adéquation des ressources humaines aux nouveaux challenges qui se présentent.

Mais, au-delà des ressources, ce sont surtout les moyens techniques à déployer qui représentent le vrai challenge des sociétés de gestion et de leurs directions des risques : mettre en place en un temps record des outils de calcul et de contrôle puissants, précis et fiables permettant une approche « industrielle ». Ce constat ravira vraisemblablement le monde des sociétés de services aux fonds qui très vite seront en mesure de proposer des solutions d’outsourcing « Ucits IV compliant » permettant à leurs clients d’être au rendez-vous de juillet 2011. Ce choix représente effectivement une solution rapide, efficace et peu coûteuse sur le court terme, mais se heurte très vite à l’obstacle de la « boîte noire » : non-maîtrise des modèles et des données, évolutivité non maîtrisée en termes de méthodes mais aussi de coûts et, bien sûr, frustration des risk managers qui ne sont plus acteurs.

L’internalisation au sein d’un dispositif intégré et unique est vraisemblablement la solution à privilégier. Elle assure une maîtrise totale des données et des méthodes sans dépendance vis-à-vis d’interlocuteurs externes et permet de créer un cadre risques flexible et robuste indispensable au développement de la société. Bien entendu, la structure de coûts et l’investissement humain n’ont rien à voir avec les solutions d’outsourcing et dans le contexte actuel de maîtrise des charges, peu d’acteurs ont fait ce choix, la problématique risques ayant été avant fin 2008 souvent considérée comme non prioritaire. L’orientation générale va-t-elle changer avec l’approche du mois de juillet 2011 ? Cela ne semble pas encore être le cas pour le moment.

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