L'avis de... Christian Hocquard, économiste matières premières du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières)

« La demande de la Chine fait naître de nouvelles régions minières »

le 04/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Le cuivre est-il toujours un indicateur avancé de la santé des Etats-Unis ?

Si Alan Greenspan considérait la demande de cuivre comme un indicateur avancé de l’économie américaine, il est aujourd’hui davantage un indicateur du découplage entre la Chine et les pays développés. En 2009, le prix du cuivre a connu une hausse record de 135 %, en totalité imputable à la Chine, qui a consommé 5,4 millions de tonnes de métal rouge, soit l’équivalent de la production du Chili, le premier producteur mondial. La croissance de la demande chinoise a atteint 38 %, tandis qu’elle plongeait de 18,5 %, dans le reste du monde. Cela dit, pour prendre le pouls industriel de la Chine, il est plus efficace de suivre les variations de la production d’acier ou des importations de minerai de fer.

L’appétit de la Chine conduit-il à une nouvelle cartographie des échanges ?

Les importations de minerais pondéreux de la Chine conduisent au développement minier accéléré de nouvelles régions minières, comme en Australie avec ses vastes gisements de minerai de fer du Pilbara ou de charbon de l’arrière-pays du port minéralier de Newcastle, et au Brésil avec les gisements du Minais Gerais et ceux du district amazonien de Carajas. Demain, ce sera le tour de l’énorme potentiel de la région comprise entre Guinée, Liberia, Sierra Leone et Côte d’Ivoire, pour constituer à terme un véritable hub minier régional. Le fret maritime est directement concerné pour conduire les minerais pondéreux vers les énormes capacités sidérurgiques domestiques. Avec un avantage évidemment de l’Australie en termes de coût et de temps de transport sur les minerais brésiliens. Mais déjà, de nouveaux minéraliers géants sont en cours de construction en Chine pour réduire ce différentiel.

Quel est l’impact des ETF sur les cours des métaux précieux ?

Sur l’or par exemple, cet impact est significatif. L’an passé, ils correspondaient à 23 % de la production minière mondiale. Les ETF (exchange traded funds, NDLR) lancés récemment sur le platine et le palladium aux Etats-Unis sont déjà un succès. Gagés sur du métal physique, les ETF ont pour seule finalité de raréfier l’offre pour faire monter les prix, un mécanisme purement spéculatif. De plus, sur des petits marchés comme ceux des platinoïdes, où le marché spot est réduit, la volatilité se trouve exacerbée. La taille du marché physique réel sous-jacent est tout simplement insuffisante. Le risque est que l’équation offre-demande ne soit plus le référentiel et que les prix dérapent avec une crise artificiellement provoquée.

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