Crédit Agricole rafle la mise dans la gestion d’actifs

le 19/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Les résultats trimestriels de Société Générale AM et de CAAM rappellent les forces en présence. La banque verte dicte sa loi.

A l’heure du bilan pour la direction sortante de Crédit Agricole SA (CASA, lire le carnet page 62), une opération sera à mettre à son crédit : le rapprochement de Société Générale Asset Management (SGAM) et de la filiale de gestion d’actifs de la banque verte, CAAM. Ainsi constituée le 9 juillet dernier, Amundi Asset Management devrait être opérationnelle au 1er

 janvier 2010 si l’agrément de l’autorité européenne de la concurrence ne tarde pas. Elle deviendra alors, avec 650 milliards d’euros d’actifs sous gestion (au 30 septembre) soit environ 25 % de part de marché, le premier gestionnaire d’actifs français et le troisième européen (5 % du marché).

Le projet, d’abord évoqué en juin 2008 entre Philippe Collas, fondateur de SGAM et patron de l’ensemble de la gestion d’actifs de Société Générale, et Yves Perrier, PDG de CAAM depuis à peine un an, a pris corps six mois plus tard. Mais dans un contexte nouveau du côté de la Défense : Jean-Pierre Mustier, évacué de la banque de financement et d’investissement (BFI) après la fraude Kerviel et l’impact de la crise, est alors à la manœuvre, et la branche de gestion alternative du groupe, SGAM AI, annonce 1,2 milliard de pertes avant impôt à fin 2008. Pas question pour Crédit Agricole de s’encombrer de SGAM AI, qui sera finalement intégrée à Lyxor (BFI). Alors que ce point est acté lors de la signature de l’accord préliminaire du 26 janvier, deux facteurs vont encore peser sur la répartition définitive du capital. D’une part, deux coentreprises de SGAM, en Chine et en Corée, ne peuvent être apportées pour des raisons réglementaires. D’autre part, les « derniers paramètres d’exploitation » jouent en défaveur de SGAM qui n’obtient plus que 25 % d’Amundi, au lieu de 30 %.

SGG, propre à Société Générale

Depuis, la situation de la gestion d’actifs ne s’est guère améliorée chez Société Générale. Malgré l’absence de détails sur le périmètre intégré à Amundi (voir les tableaux), le pire en est toutefois écarté, SGAM apportant ses activités de gestion fondamentales, 20 % de sa filiale TCW aux Etats-Unis et sa coentreprise en Inde. Selon nos informations, les deux partenaires seraient ainsi liés par une clause de cinq ans. Toutefois, le capital d’Amundi pourrait être ouvert d’ici trois à quatre ans, mais Crédit Agricole en conserverait au moins 51 %.

Amundi œuvre sur deux métiers, explique le communiqué du 23 octobre qui dévoilait son nom : la fourniture de solutions d’épargne aux réseaux et la gestion d’actifs d’institutionnels. C’est sur le second, plus ouvert à l’innovation, qu’Amundi dispose du plus fort potentiel de développement, les institutionnels constituant en outre un point clé pour le développement à l’international, au-delà des réseaux des deux groupes à l’étranger (lire l’entretien page 26). Aujourd’hui, l’activité de CAAM provient aux deux tiers des agences du groupe (y compris la gestion des contrats d’assurance) contre un tiers seulement des institutionnels. Les proportions sont identiques pour la France par rapport à l’international.

Avec les réseaux de Société Générale, Amundi accède à 10 % de part de marché supplémentaire dans la banque de détail en France - sachant que CAAM a déjà près d’un tiers du marché à sa portée entre les caisses régionales et LCL - et à un total de 50 millions de clients dans le monde. Entre le producteur et le distributeur, le lien (marketing, animation commerciale...) sera assuré par une société dédiée à chaque réseau. Rien de tel n’existait chez CAAM. En revanche, Etoile Gestion jouait ce rôle pour Crédit du Nord avec SGAM. La structure propre aux agences Société Générale devrait s’appeler SGG (Société Générale Gestion).

Dans une industrie de coûts fixes, Amundi est bien pourvue grâce aux réseaux des groupes fondateurs. Au-delà, sa croissance ne pourra venir que de tiers. « Des groupes détenant des sociétés de gestion qui plafonnent à 60 milliards d’euros d’actifs et ont vu leur coefficient d’exploitation passer à 95 % s’interrogent sur l’intérêt d’une cession éventuelle », remarque un spécialiste. Amundi pourrait les accueillir à son capital, mais aussi proposer une prestation de production pure ou la création de coentreprises dédiées, sur le modèle de ce qui existe en Corée ou en Inde. Les relais de croissance existent donc bien, mais « sur des marchés dans lesquels il faut être encore plus compétitifs », souligne ce même professionnel.

Doté du coefficient d’exploitation « le plus bas de l’industrie européenne de la gestion d’actifs », rappelle CASA, CAAM bénéficie certes d’un effet de taille décisif, surtout en période de taux bas, mais pas seulement. En deux ans, la baisse de ses revenus et la modification de sa palette d’actifs lui ont coûté environ 300 millions d’euros. CAAM en a regagné environ la moitié en se développant à l’étranger, grâce à l’embauche de 60 commerciaux, ou sur le segment de l’épargne salariale où il est devenu numéro un français, en diminuant les frais sur les courtiers dont le nombre est passé de 70 en 2007 à 30 aujourd’hui, en privilégiant les commissions de surperformance, mais aussi en abaissant ses coûts de 20 % en deux ans. Réduction du nombre de prestataires en informatique, facteur essentiel de la diminution de 10 % des effectifs, fermeture de son hedge fund Systeia et révision de sa politique de bonus lui ont permis d’économiser 150 millions d’euros et de renouer avec la rentabilité.

Nul doute qu’une cure comparable sera appliquée à Amundi. A horizon de trois ans, 120 millions d’euros de synergies seraient attendus, pour moitié environ des coûts informatiques, Amundi adoptant le système d’information de CAAM et son recours réduit à l’extérieur. Mais sur tous ces points, Yves Perrier ne veut pas s’exprimer tant qu’il n’aura pas le feu vert de Bruxelles et ainsi la possibilité de s’adresser aux salariés. De leur côté, ces derniers, dont certains parmi la centaine de collaborateurs impliquée depuis septembre dans plus de 20 groupes de travail consacrés au rapprochement, s’interrogent sur leur avenir.

Une « proposition convenable »

Quatre organisations syndicales sur les cinq représentatives au sein du groupe ont signé un accord qui prévoit notamment que les sureffectifs liés au rapprochement CAAM-SGAM n’entraîneront « aucun départ contraint » ainsi qu’un dispositif de reclassement interne : le salarié devra recevoir une « proposition convenable », selon son lieu de résidence, sa qualification, son salaire de base, etc. Une commission de suivi et de recours, composée de deux représentants par organisation syndicale et de représentants de la DRH de Société Générale, devra trancher en cas de refus d’un poste par un salarié. Cette « clause de retour » « devrait donner une priorité aux gens de SGAM non seulement sur les recrutements extérieurs mais aussi sur d’autres candidats internes », croit comprendre un salarié.

Mais selon des sources internes, une centaine de personnes serait déjà passées de chez SGAM à d’autres entités du groupe Société Générale, ramenant les effectifs parisiens à 700 personnes (contre 1.100 pour CAAM). « Après avoir été gelée un temps, la mobilité interne a repris en juin, sous condition que l’accord de la hiérarchie pour l’activité ne soit pas perturbée », explique l’un d’eux. Ainsi, les suppressions de postes, a priori évaluées entre 250 et 300, sont déjà bien entamées et pourraient finalement avoir lieu sans le recours à un plan de sauvegarde de l’emploi. Par ailleurs, des postes de commerciaux pourraient aussi être créés. Reste à savoir où les équipes seront logées. On leur a pour l’instant assuré qu’elles seraient dans « le village Montparnasse ». CAAM y dispose de cinq sites. Le projet de déménagement de CASA, du boulevard Pasteur à Paris vers Montrouge, lui ouvre toutefois de nouvelles perspectives. En récupérant ces bureaux, Amundi pourrait réaliser un nouveau rapprochement, géographique cette fois, des équipes.

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