L'avis de... Olivier Eluère, économiste au Crédit Agricole SA

« Le besoin d’une épargne de précaution se fait fortement sentir »

le 08/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Le taux d’épargne des Français va-t-il continuer à croître aussi vite qu’en 2009 ?

Nous pensons qu’il va se stabiliser vers la fin de l’année ou début 2011. Le climat économique reste morose, le chômage continue d’augmenter et la hausse de la consommation des ménages sera modérée autour de 1,3 %. Dans ces conditions, le besoin d’une épargne de précaution se fera sentir plus crûment encore qu’en 2009. De plus, le crédit aux ménages s’est quelque peu repris depuis quelques mois et devrait générer des flux de placements financiers.

Crédit et épargne sont intimement liés. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Effectivement, on peut dire que le crédit stimule les placements financiers. L’épargne au sens macroéconomique égale la somme des placements financiers et des achats immobiliers défalqués des crédits. A un marché immobilier dynamique correspond une épargne financière dynamique. Exemple, en 2006-2007, le taux d’épargne des Français est resté stable autour de 15 %, mais les flux d’épargne financière ont augmenté sous l’influence du boom immobilier et des crédits à l’habitat qui l’ont accompagné. A contrario, la décrue de l’immobilier en 2008-2009 a réduit le niveau des placements financiers alors même que le taux d’épargne augmentait.

Quelles observations faites-vous par types de produit d’épargne ?

Sur les placements liquides, une décollecte a été observée à partir de mai sur le Livret A, l’année même de la banalisation de ce produit, son taux de rémunération ayant été ramené à 1,75 % en avril. Cela confirme que l’épargnant réagit au rendement nominal et non pas au taux réel hors inflation. Les dépôts à vue en revanche progressent fortement avec des flux nets positifs de 20 milliards d’euros l’an passé. Pour les placements de plus long terme, l’assurance vie en euros rafle la mise, représentant les deux tiers de l’épargne nouvelle. L’an dernier, elle a canalisé 80 milliards sur un total de 115 milliards d’euros. Pour 2010, nous tablons sur une épargne fraîche de 120 milliards, encore loin des niveaux d’avant-crise de 140 milliards.

A lire aussi