La BCE entraînée dans un « cercle vicieux »

le 24/06/2010 L'AGEFI Hebdo

Les injections massives de liquidités n’ont pas remédié au dysfonctionnement du marché interbancaire.

Il y a beaucoup de liquidités dans le système, mais il n’y a pas de liquidité », résume Philippe Weber, responsable des études et de la stratégie de CPR Asset Management, pour expliquer le nouveau blocage du marché interbancaire depuis le début du mois de mai. Contrairement à la première crise de défiance des banques qui refusaient de se financer entre elles au lendemain de la faillite de Lehman Brothers à l’automne 2008, le système bancaire regorge aujourd’hui de liquidités. Cela n’empêche nullement l’écart de taux entre le Libor 3 mois et l’Eonia anticipé de se tendre.

Symptôme

Caractéristiques du refus des banques européennes de s’accorder une confiance mutuelle, les montants qu’elles ont déposés à la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne (BCE) ont pris de l’ampleur, passant de 200 milliards d’euros à la mi-mai à 380 milliards un mois plus tard. Ils atteignaient 113 milliards d’euros à la mi-avril. Si ce volume n’a rien d’inquiétant dans l’absolu, il est néanmoins un symptôme du dysfonctionnement du marché interbancaire. Il faut savoir qu’avant la crise sur les marchés monétaires de l’été 2007, les montants déposés à la facilité de dépôt étaient proches de zéro ou ne dépassaient guère quelques centaines de millions d’euros. Après août 2007, ils étaient de quelques dizaines de milliards. C’est à la suite de la faillite de Lehman qu’ils ont atteint des sommets.

« Les banques préfèrent prêter à la BCE au taux de 0,25 % (taux de la facilité de dépôt, NDLR) plutôt que de financer leurs homologues sur le marché interbancaire à un taux de 0,35 %, indique Philippe Weber. Ce faisant, la Banque centrale européenne est devenue une sorte de chambre de compensation du secteur bancaire de la zone euro. » Cela signifie aussi « que la prime d’assurance contre le risque de liquidité est de 0,75 point de pourcentage », la différence entre le taux de refinancement de 1 % et le taux de la facilité de dépôt, ajoute l’économiste.

Sentant le vent tourner dans le mauvais sens, la BCE a décidé de prolonger ses opérations LTRO (long term refinancement operations) à 3 mois à taux fixe et en quantité illimitée (full allotment) jusqu’en septembre avec échéance à fin décembre 2010, inondant donc de surliquidités jusqu’à cette date le secteur bancaire.

« Stress tests »

Mais « l’attrait de la liquidité n’est-il pas tout simplement trop fort ? », s’interrogent dans une note Joachim Fels et Elga Bartsch, économistes de Morgan Stanley. Car les pays membres de la zone euro et la BCE sont désormais pris dans « un cercle vicieux », font-ils valoir : les problèmes rencontrés par les Etats pour financer les dettes souveraines et le blocage du financement interbancaire « se renforcent mutuellement ». Les dégradations de plusieurs notations de titres souverains ont érodé la confiance dans les bilans bancaires où sont logés nombre de ces titres. Avec l’intensification de la crise il y a deux ans, les banques ont en effet opté pour un financement court auprès de la BCE et des achats de titres publics longs qu’elles peuvent apporter en garantie à la banque centrale pour se financer à nouveau. Le but étant de se refaire une santé par la courbe des taux, par la différence entre des taux longs et des taux courts. Reste que d’un cercle fermé, on passe actuellement à un cercle vicieux. Pour les deux économistes, la réponse aux problèmes des banques et des Etats a été jusqu’à présent de fournir toujours plus de liquidités : « La BCE va alimenter les banques par des opérations à 3 mois de montant illimité ; elle devrait continuer à acheter des obligations d’Etat sur les marchés les plus mal en point pendant encore longtemps ; et la toute nouvelle EFSF (Facilité européenne pour la stabilité financière, NDLR) sera opérationnelle début juillet pour financer les gouvernements si besoin. Hélas, toute cette liquidité supplémentaire ne parviendra pas à casser le cercle vicieux. Au mieux, elle achète du temps… »

Du temps pour rendre publics les stress tests (tests de résistance) réalisés dans les banques européennes par exemple. La décision de les révéler au cours de la seconde quinzaine de juillet, annoncée à l’issue du Conseil européen du 17 juin, est censée lever le voile sur les bilans bancaires et en finir avec la suspicion des marchés, en particulier sur les établissements espagnols. C’est la prochaine étape : des données éparses et disparates ou une véritable transparence.

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