Bataille technologique pour les plates-formes d’agent de transfert

le 01/07/2010 L'AGEFI Hebdo

La montée en puissance de la distribution transfrontalière d’OPCVM oblige les dépositaires à enrichir le service de routage des ordres.

Près de 7.500 OPCVM bénéficient d’une distribution transfrontalière, un nombre en hausse de 130 % depuis 2001, enseigne une récente étude de PricewaterhouseCoopers. « La demande évolue selon deux axes, explique Frédéric Pérard, responsable de l’offre Fund Services chez BNP Paribas Securities Services (BP2S). D’une part, les promoteurs de fonds désirent un seul point d’entrée pour leurs distributeurs. D’autre part, les distributeurs ont un impératif de pouvoir traiter avec de multiples agents de transfert. » Les dépositaires doivent être présents des deux côtés de la chaîne de valeur, assurer les services de distribution et d’agent de transfert aux promoteurs, et fournir des prestations à valeur ajoutée pour les distributeurs comme le routage et l’exécution des ordres. « Ce que l’on observe sur les marchés européens, c’est que l’activité d’agent de transfert est en phase de désintermédiation par les plates-formes de fonds de tiers, rapporte Edouard Bokuetenge, directeur du pôle Distribution support chez RBC Dexia. C’est pourquoi nous avons pris la décision, en 2007, de refondre entièrement notre propre plate-forme de fonds de tiers avec un objectif d’offrir une prestation complète, pas seulement de routages des ordres, de débouclement et de conservation mais avec des services à valeur ajoutée d’analyse comme l’aide à la décision d’investissement. »

Avec la croissance de la distribution de fonds européens transfrontalière, un support global à la distribution est devenu une condition sine qua non. « Cela revient à mettre en place une organisation multipays, multirégion (Asie, Europe, Etats-Unis…). BP2S est déjà présent en Asie, à Singapour. Demain, on peut imaginer une présence en Amérique du Sud, annonce Frédéric Pérard. L’idée est d’avoir un système centralisé, permettant le suivi des dates d’échéance des ordres en Europe selon les différents fuseaux horaires. » Faisant suite à des demandes de gérants d’actifs, BP2S a entamé, il y a un an, les développements informatiques nécessaires à la mise en place de sa plate-forme d’agent de transfert multipays en Europe. Celle-ci, opérationnelle pour l’été 2010, permettra une tenue de registre au niveau européen. La tenue de positions se fera au Luxembourg et sera redéployée vers les différentes domiciliations. « Techniquement, ce projet n’a pas été trop compliqué, nous possédions déjà les différentes briques nécessaires et, du fait de notre situation au Luxembourg, nous savions gérer tous les régimes fiscaux européens, précise Frédéric Pérard. La mise en place de la connectivité avec une région éloignée de l’Europe et du support disponible 24 heures sur 24 a présenté plus de difficultés. »

Des améliorations permanentes

Même analyse chez RBC Dexia qui va étendre sa plate-forme de distribution de fonds avec l’ouverture à terme d’un centre opérationnel en Asie. « Le point critique est le support en cas de problème technique d’un distributeur asiatique avec le système, souligne Edouard Bokuetenge. La disponibilité 24 heures sur 24 de notre plate-forme nous impose des améliorations permanentes, notamment en ce qui concerne les temps d’accessibilité. » De son côté, Caceis Luxembourg a également élargi sa plate-forme pour mettre des fonds luxembourgeois à la disposition de clients asiatiques. « Nous avons été guidés par les demandes de nos clients, confirme Yveline Herfeld, responsable des activités d’agent de transfert pour Caceis Luxembourg. Nous nous sommes implantés à Hong-Kong avec un centre opérationnel en août 2009. » Ce projet a nécessité des développements informatiques, notamment pour la gestion de la confidentialité par types de profils de clients et pour l’amélioration de la gestion du reporting, afin que les avis d’opéré soient accessibles par les personnes concernées pendant leurs heures de travail. Mais là encore, « l’informatique est moins critique que la dimension organisationnelle du projet, poursuit Yveline Herfeld. Si nous sommes capables de traiter des messages Swift en temps réel, le papier et le fax sont encore très présents. En Asie, les clients sont très attachés au ‘reporting’ papier par exemple. Notre sous-traitant pour l’impression de documents doit être très flexible et capable de recevoir plusieurs ‘batch’ (traitement par lots de fichiers, NDLR) ». L’imprimeur sous-traitant de Caceis Luxembourg a donc ouvert un bureau à Singapour mi-2009 pour optimiser les envois postaux. « Il avait d’autres demandes de clients dans ce sens », nuance Yveline Herfeld.

De lourds investissements

Améliorer et automatiser au maximum le traitement des ordres est également un axe stratégique. Et cela nécessite des investissements très importants. « Nous avons commencé le développement de notre nouvel OMS (Order Management System) il y a trois ans, confie Frédéric Pérard. Il sera finalisé en novembre 2010 et aura représenté entre quinze et vingt années/homme de développement. » La plate-forme de BP2S permettra ainsi la réception des ordres sous n’importe quel type de format (instruction Swift, fax, fichiers informatiques…). Elle exécutera les ordres vis-à-vis d’un ensemble d’agents de transfert en les transformant en format supporté par ces agents. Elle gérera les réceptions d’exécution. Enfin, elle offrira des outils d’analyse et de calcul des commissions de rétrocession. « Nous sommes partis d’un outil développé en Italie, car plus ouvert que notre plate-forme française, précise Frédéric Pérard. Nous avons tout développé en interne pour faciliter l’intégration avec nos autres outils, et parce qu’il n’existait pas de solutions de carnets d’ordres satisfaisantes sur le marché. »

Très ambitieux, le projet de BP2S vise à se rapprocher le plus possible d’une infrastructure de place de marché. Pour Caceis Luxembourg, c’est en 2002 que la décision de revoir entièrement sa plate-forme de distribution d’OPCVM a été prise. « Nous devions faire face à deux défis : d’une part, la complexification des réseaux de distribution et, d’autre part, la variété grandissante des flux d’information pour la passation d’ordres avec la multiplication des plates-formes de distribution (AllFunds en Espagne, MFex en Scandinavie), Swift, internet… », explique Yveline Herfeld. Il fallait que la nouvelle plate-forme puisse recevoir n’importe quel format d’ordres et les retransmettre aux différents centralisateurs. Le développement a duré deux ans et a été totalement réalisé en interne. Cette course à l’automatisation de toute la chaîne du passage d’ordre devrait aboutir, à terme, au lancement de places de marché entièrement dématérialisées, comme les Bourses actions ou de produits dérivés. Les investissements technologiques sont donc la clé, synonyme d’avantage concurrentiel à terme.

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