Dossier Performance absolue

Après un trou d’air, la collecte est à nouveau positive

le 22/04/2010 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs se laissent séduire par ces produits. A la lueur de pratiques nouvelles, mais aussi faute de mieux.

Accusant de plein fouet la crise financière, les fonds de performance absolue ont dû faire face à une sanction sans appel des investisseurs. Selon Europerformance, sur la seule catégorie de produits de droit français, 16,9  milliards d’euros ont été retirés au cours du second semestre 2007, les retraits se poursuivant l’année suivante avec 18,5  milliards d’euros de rachats, divisant par cinq les actifs sous gestion. L’effet « décorrélation » par rapport aux marchés traditionnels tant mis en avant par les forces commerciales des sociétés de gestion n’aura pas eu lieu. Dans cette classe d’actifs très hétérogène, il faut distinguer deux catégories, « les fonds gérés sans référence à un indice de marché, qui ambitionnent de délivrer le taux sans risque (Eonia) majoré de plusieurs dizaines ou centaines de points de base, et les OPCVM dont le moteur de performance relève de stratégies alternatives », développe Christophe Point, directeur commercial de Natixis Asset Management. Les premiers répondant à des techniques de gestion traditionnelles, ayant au final un biais actions, ont vu leurs performances dévisser à mesure de l’effondrement de ce marché. Les autres ont été les victimes de la défiance des investisseurs face au sort réservé aux hedge funds (ventes massives et illiquidité), et certains institutionnels, dont les compagnies d’assurances par exemple, ont rapidement rapatrié leur fonds en raison des mesures de limitation de sortie alors mises en place (gates, side pockets incompatibles avec l’assurance vie…). « Comme souvent, les clients privés, largement consommateurs de fonds à performance absolue, ont été les premiers à s’enfuir », retrace Christian Paris, responsable du business développement chez HSBC Global Asset Management.

Crainte des actions

Mais l’histoire veut qu’après une crise, les indicateurs repartent au vert. Le retour à des performances positives a ainsi été accompagné par un rebond de la demande. Toujours selon Europerformance, le cumul des souscriptions sur 2009 a atteint 3,7 milliards d’euros et 1,9 milliard sur les mois de janvier et février 2010. « Dans un contexte de taux très bas, les possibilités de performance sont réellement très minces sur des produits de taux courts tels que le monétaire régulier, explique Cyril Toma, spécialiste produits chez JPMorgan Asset Management. Et la défiance par rapport au marché actions est toujours là. Aujourd’hui, pour 3 points de risque pris, un OPCVM à rendement absolu, ciblant un ratio de Sharpe classique de 1, visera l’Eonia majoré de 3 points de performance. Sur longue période, on peut estimer que les marchés actions offrent un seul point de performance pour 3 points de risque. »

Communication et transparence

Un contexte qui joue bien évidemment en faveur des produits absolute return, mais pas seulement. La profession tout entière a dû faire son mea culpa et mettre en œuvre de véritables opérations séduction pour attirer à nouveau les clients. Du côté de Natixis AM, des conférences téléphoniques portant sur des analyses macroéconomiques mises en place au plus dur de la crise ont été maintenues à l’attention des clients institutionnels. Tous affirment plus largement communiquer sur les moteurs de performances et déployer un réel effort de transparence. « L’appréhension du risque a changé, soulève Cyril Toma. Alors qu’avant la crise, cette notion s’exprimait sous forme de VaR ('Value-at-Risk', NDLR), certains de nos gérants utilisent désormais des 'stress tests', mieux compris par les institutionnels désireux de connaître l’évolution de leurs placements en cas de situations extrêmes. Nous avons là des approches qui convergent. Et donc la possibilité de mieux vendre ces produits. » L’offre elle-même a aussi évolué. « Les fonds monétaires dynamiques ont été purement et simplement retirés de notre gamme, illustre Anne-Laure Bedossa, responsable de l’ingénierie produits de HSBC Investment France. Et nous complèterons l’existant de stratégies dont la volatilité cible excède les 10 %, comme un fonds adossé aux actions émergentes qui sera prochainement commercialisé. » L’offre absolute return se voit par ailleurs enrichie par des gérants alternatifs offshore qui, voyant leur terrain de jeu se rétrécir sous les coups de rabot d’une réglementation plus contraignante, déclinent leur savoir-faire au travers de fonds à rendement absolu de format Ucits III.

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