Dossier Banque privée

Les acteurs développent des synergies avec le private equity

le 25/03/2010 L'AGEFI Hebdo

La Compagnie Financière Edmond de Rothschild en a fait un modèle depuis de nombreuses années, d’autres pourraient s’en inspirer.

Levée de fonds, gestion patrimoniale, affaires en commun... Comme ces boutiques qui font du conseil en fusions-acquisitions une source de clientèle pour leur gestion privée, il existe des synergies possibles entre banques privées et capital-investissement. Et ce au-delà des fonds de fonds dédiés que proposent les plus grandes banques spécialisées, de Pictet & Cie à Lombard Odier en Suisse, ou encore La Compagnie Financière Edmond de Rothschild (LCFR) en France. Cette dernière, en mêlant ses approches de conseil (fiscal, patrimonial ou financier) et d’investissement en fonds de fonds et en fonds directs, en a fait une marque de fabrique : « Le conseiller de la banque privée est chez nous l’interlocuteur idéal face au client pour actionner les bons outils entre conseil, gestion et investissement », explique Philippe Duval, responsable du réseau de LCFR en régions (sept bureaux en tout).

Produit d'appel

Ce réseau a naturellement participé à près de 10 % des levées pour les fonds de capital-développement d’Edmond de Rothschild Investment Partners (Winch Capital I et II, 165 puis 250 millions d’euros) et d’Edmond de Rothschild Capital Partners - EdRCP -(Edmond de Rothschild LBO Fund I et II, 220 puis 300 millions d’euros). « En fait, un peu moins sur notre deuxième levée, en 2007, qui était sursouscrite », précise Erick Fouque, associé-gérant d’EdRCP. Ces fonds peuvent servir de produits d’appel, un peu comme ceux de PAI ou LBO France dans le cadre de partenariats avec les banques privées de BNP Paribas ou HSBC. L’équipe de CIC LBO Partners a eu la même approche, se tournant vers la banque privée de CM-CIC pour près d’un tiers de ses levées (CIC LBO Fund I et II, 135 puis 165 millions d’euros) : « La banque privée s’appuie aussi sur nous pour vendre un accès privilégié à certains clients, qui sont ainsi traités comme des institutionnels », confirme Bertrand Fesneau, président de CIC LBO Partners. Avant d’ajouter que les fonds français ont plutôt du retard, par rapport aux anglo-saxons, lorsqu’il s’agit d'impliquer des personnes physiques (voir le graphique)…

Crédit Agricole PE suit la même logique depuis peu : « Pour répondre aux demandes des banques privées du groupe, nous commercialisons en 2010 un véhicule dédié aux particuliers fortunés recherchant du rendement. Espéré à hauteur de 20 millions d’euros avec des mises de 1 à 2 millions en moyenne, CACI Private Investors co-investira avec notre fonds de 'leveraged buy-out' (LBO), CACI III, bouclé à 180 millions d’euros fin 2008 », explique Eric Pencréac’h, responsable de l’activité LBO. Il évoque l’important travail réalisé avec les trois réseaux (caisses régionales, LCL GIP, BGPI), dont certains en font un produit de différenciation : « Nous sélections des entrepreneurs capables d’investir jusqu’à 5 % de leur patrimoine financier dans la classe d’actifs et sensibles à une activité proche de leurs préoccupations, poursuit-il. L’idée est aussi de monter une sorte de ‘club’, comme dans d’autres fonds, pour échanger des expériences ou des idées d’investissements. »

Un discours que connaît bien Pierre-Michel Passy, président d’EdRIP, puisque les clients de la banque privée lui apportent aussi depuis longtemps des affaires, « pour 25 % du 'deal-flow' environ ». Le plus souvent avec leur propre entreprise : « Il nous paraît naturel d’orienter un client ou un prospect vers nos 'fonds maison', poursuit Philippe Duval. En général à leur demande, pour plus de confidentialité - ils ne veulent pas de publicité sur l’ouverture du capital de leur entreprise -, ou parce qu’on a su créer une relation de confiance et qu’ils veulent vérifier l’offre d’un autre fonds ou la faisabilité d’un montage financier, souvent avec de la fiscalité et des effets de levier qu'ils maîtrisent mal. » La banque affirme une total transparence dans sa façon de faire : « Libre à eux d’aller voir ailleurs ou de lancer un processus d’enchères. »

« Dans 60 % de nos investissements (minoritaires, NDLR), nous sommes le premier actionnaire financier à entrer au capital : il est donc important de travailler dans ce climat de confiance », ajoute Pierre-Michel Passy en évoquant des « deals-propriétaires » comme CEME (le fondateur avait besoin de fonds propres pour reprendre sa société à un fonds de LBO). Les fonds d’EdRCP, investis en majoritaire, positionnés sur de plus grosses entreprises, en profitent forcément moins souvent, même s’ils doivent au réseau lyonnais de la banque le contact avec les dirigeants de Norbert Dentressangle qui leur avait permis de préempter le LBO sur Via Location en 2004. Lors des opérations de cash-out, ils n’hésitent pas à orienter leurs entrepreneurs vers la banque privée en retour ! D’autres structures, chez Lazard ou Rothschild & Cie, préfèrent pour l’instant ne pas « mélanger les genres »…

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