Paris doit jouer sa carte

le 30/06/2016 L'AGEFI Hebdo

Paris doit jouer sa carte

Levons toute ambiguïté : aucun Européen convaincu ne saurait se réjouir de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le vote favorable au Brexit constitue un choc tellurique aux conséquences politiques inquiétantes pour un continent en proie à la montée des nationalismes et des régionalismes. La réaction des investisseurs, à nouveau obligés de revoir leur appréciation du risque européen depuis les résultats du 24 juin, est éloquente (lire L’Evénement). Mais le choc d’un Brexit donne aussi à la place financière de Paris une occasion de renforcer ses positions face à une City affaiblie et à ses concurrentes de la zone euro. Encore faut-il la saisir.

Cela suppose deux conditions. A l’échelon européen, la réponse des institutions doit être aussi ferme que le message envoyé par les électeurs britanniques. Le peuple souverain a tranché et souhaité s’affranchir des contraintes communautaires : dès lors, il serait incompréhensible que le Royaume-Uni continue à bénéficier des avantages de l’appartenance à l’Union européenne, en premier lieu du passeport européen pour les services financiers qui a contribué à établir la prééminence de la place de Londres. Sans esprit de revanche, l’Europe devra se montrer tout aussi stricte sur la localisation des infrastructures de compensation des transactions en euros ou de l’Autorité bancaire européenne, dont on voit mal comment elles pourraient demeurer outre-Manche. Gageons enfin qu’elle procédera à un examen sans concession du mariage annoncé des Bourses de Londres et Francfort, si d’aventure les actionnaires de Deutsche Börse et du LSE ne décident pas eux-mêmes de revoir les termes d’une alliance entre égaux désormais déséquilibrée. Les Vingt-Sept devront vite parler d’une seule voix, ce que ne garantissent ni l’étiolement du couple franco-allemand, ni les discours ambigus de certaines chancelleries. Une chose est sûre, on peut faire confiance aux négociateurs britanniques pour défendre d’arrache-pied le statut de la City et profiter de la moindre faiblesse.

A l’échelon français, il appartient aux autorités de créer enfin les conditions du succès. Paris ne remplacera pas la City, qui a bâti son rang avant même son entrée dans l’Union européenne grâce à l’essor des eurodollars. La capitale française a de nombreux atouts à faire valoir, à commencer par un riche bassin d’épargne et des acteurs économiques de premier plan. Jusqu’à présent, de la taxe sur les transactions financières à « mon ennemie, la finance », les gouvernements successifs ont surtout excellé à fournir des arguments aux lobbyistes des places de Dublin, de Londres ou du Luxembourg. Le temps est venu pour la France de se doter, au plus haut niveau, d’une vraie vision stratégique pour son industrie financière, quand bien même le sujet laisse espérer peu de retombées électorales immédiates à ses promoteurs. Le train ne repassera pas.

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