Une nouvelle ère pour la recherche

le 04/05/2016 L'AGEFI Hebdo

Une nouvelle ère pour la recherche

Il aura donc fallu attendre avril 2016 pour que les règles du jeu applicables à la recherche financière en Europe soient enfin connues et que leur horizon d’application – 2018 – soit précisé. Comme pour beaucoup de grandes réformes, leur annonce sous forme d’un acte délégué publié par la Commission européenne a fait peu de bruit. Elles n’en sont pas moins porteuses de changements profonds et durables susceptibles d’affecter le partage de la valeur ajoutée entre les maillons de la chaîne de l’industrie de la gestion, d’autant plus que l’activité de la recherche est par ailleurs promise à une mutation impulsée par un autre moteur que la régulation : la technologie, qui lui ouvre de nouveaux horizons (lire notre Dossier, page 24 ).

On peut l’espérer, la décision de Bruxelles d’imposer aux entreprises d’investissement de distinguer et tarifer séparément les services de recherche et d’exécution devrait profiter à l’analyse indépendante. C’est elle qui a le plus intérêt à la transparence de coûts jusqu’ici impossibles à isoler pour le client final. Plusieurs solutions existent pour le gérant, depuis le paiement direct de la recherche utilisée jusqu’à l’ouverture d’un compte de frais de recherche dédié, en passant par le recours aux commissions de courtage partagées qui permet de demander au courtier de reverser une part de ces commissions au fournisseur de recherche de son choix. Ces différentes techniques laissent prévoir que divers modèles économiques pourront coexister et, le cas échéant, concourir à la fixation d’un juste prix pour la recherche dont la part dans la valeur ajoutée des métiers de l’investissement n’a jamais pu jusqu’ici être clairement externalisée. Le modèle de la recherche sur les petites valeurs sera sans doute plus délicat à trouver, même si la Commission a eu la sagesse de ne pas lier les frais de recherche facturés au client aux volumes ou à la valeur des transactions effectuées pour son compte. Reste qu’une réflexion de Place sur ce sujet particulier se justifierait, ne serait-ce que pour mettre un terme à cette anomalie qui prive de recherche 40 % des valeurs cotées sur Euronext Paris ! Le groupe sur l’EuroPP constitué sous l’impulsion du Trésor pourrait constituer un cadre de réflexion adéquat.

La mutation de la recherche induite par la révolution numérique n’est pas moins importante. Celle-ci ouvre, par le recours au «  big data » appliqué à toutes les données – financières, macro ou microéconomiques, extrafinancières, environnementales ou de gouvernance – de nouveaux champs d’analyse que les professionnels, volontiers inventifs et portés au quantitatif, devraient trouver profit à labourer pour des clients enclins à recourir à des recherches spécialisées. Dès lors, le mouvement des fintechs devrait s’enrichir sur ce terrain-là aussi. De quoi espérer, pour les acteurs de la recherche, un environnement enfin moins rigoureux après des années de vaches maigres.  

« L’activité de la recherche est promise à une mutation impulsée par un autre moteur que la régulation : la technologie »

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