L’avis de… Manuel Arrivé, directeur senior chez Fitch Ratings

« La diversification des primes de risques reste essentielle »

le 04/05/2016 L'AGEFI Hebdo

 Certains dénoncent le manque de stabilité des primes de risque dans le temps. Qu’en est-il ?

Elles présentent toutes des cycles et des biais. Par exemple, le facteur « momentum » (qui consiste à être surexposé sur les actifs qui ont surperformé sur le court terme) surperforment en période de hausse des marchés et d’expansion du cycle économique. La prime « value » (qui consiste à être surexposé sur les actifs sous-évalués) et la prime de portage sont supérieures en période de reprise. Dans le même esprit, le facteur « faible volatilité » présente une surexposition au secteur des services aux collectivités et une sous-exposition au secteur de la technologie. Les biais sectoriels peuvent ainsi expliquer une bonne part des performances. C’est pour toutes ces raisons que la diversification des primes de risques est essentielle afin de diminuer la sensibilité du portefeuille aux phases du cycle économique, aux configurations de marché ou aux performances d’un secteur donné. La construction de portefeuille est donc un exercice difficile, mais une allocation factorielle optimale apporte une certaine stabilité des rendements sur le long terme.

Ces portefeuilles sont-ils de construction complexe ?

Si cette approche réclame des investissements en recherche et ingénierie financière importants, la gestion du portefeuille au quotidien est simple parce que très automatisée. De même, les titres dans lesquels sont investis les portefeuilles sont généralement très communs et très liquides : ETF (exchange-traded funds), futures sur indices, et autres dérivés listés… composent généralement ces fonds.

Ces fonds sont-ils l’avenir de la gestion alternative ?

Ils sont surtout l’expression d’une frontière de plus en plus ténue entre la gestion traditionnelle et l’univers des hedge funds mais aussi l’illustration de l’évolution de la gestion pour compte de tiers : des coûts de production maîtrisés et l’industrialisation des sources de performances. Les ETF smart beta en sont une illustration. Néanmoins, cette offre présente encore quelques points noirs pour certains. La gestion factorielle quantitative possède un côté « boîte noire » dont elle ne parvient pas encore à se départir. Et elle pèche encore par sa jeunesse. Les portefeuilles les plus anciens ne présentent guère plus que trois années d’historique. Or les investisseurs institutionnels préfèrent juger des performances sur la base d’un « track record » réalisé que d’un «  back test » simulé…

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