Gestion alternative

Les FIA se développent dans l’ombre des Ucits

le 14/04/2016 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion n’utilisent le format FIA que pour les stratégies difficilement compatibles avec les règles Ucits.

L’essentiel de la demande en alternatif concerne les Ucits », résume Daniele Spada, responsable de la plate-forme de managed accounts de Lyxor. Trois ans seulement après le lancement de ses premiers Ucits alternatifs, ces produits représentent déjà un quart des 8 milliards de dollars d’encours de Lyxor en alternatif, contre 73 % pour les fonds offshore et à peine 2 % pour les fonds d’investissements alternatifs (FIA). Un succès rapide à la mesure du phénomène en Europe. Ainsi, les Newcits, ces fonds alternatifs au format Ucits, pesaient 172 milliards de dollars au premier semestre 2015, soit 26 % du total des actifs alternatifs européens, d’après Eurohedge. En 2008, ils ne représentaient que 5 % du marché, soit 23 milliards d’euros (voir le graphique).

Car depuis l’affaire Madoff, les sociétés de gestion ont progressivement développé des gammes de Ucits alternatifs. Mais depuis l’entrée en vigueur de la directive AIFM en juillet 2013, elles ont aussi à leur disposition un autre outil onshore, les fonds d’investissement alternatif (FIA). Ceux-ci se développent doucement mais sûrement, dans l’ombre du géant Ucits. « Les clients ont une vraie préférence pour l’alternatif onshore car la réglementation apporte des garanties », confirme Fabrice Cuchet, responsable de la gestion alternative de Candriam, qui gère 8 milliards d’euros en stratégies alternatives, à plus de 90 % au format Ucits, les FIA ne pesant que 700 millions d’euros.

De son côté, Schroders a lancé en février 2016 un premier fonds dans sa plate-forme GAIA II dédiée aux FIA, qui vient compléter l’offre GAIA composée de 7 Ucits alternatifs, totalisant 5,2 milliards de dollars d’encours, dont 1 milliard collecté l’an dernier. Ce premier FIA est un fonds de distressed securities géré par le gérant américain NGA.

« Certaines stratégies alternatives ne sont pas réplicables au format Ucits, sauf à faire des compromis sur la gestion. Il nous a semblé opportun, sept ans après le lancement de notre plate-forme Ucits, de lancer une plate-forme FIA pour couvrir ce type de stratégie, explique Eric Bertrand, responsable de la plate-forme GAIA chez Schroders. Les FIA et les Ucits ne sont donc pas en compétition, mais plutôt complémentaires. »

La voie royale reste le format Ucits, le FIA étant utilisé en deuxième recours. « La réglementation Ucits ne permet pas de mettre en place des leviers très élevés, ou d’investir dans certains actifs comme les 'loans' ou les matières premières », indique Sylvain Favre-Gilly, directeur de la clientèle institutionnelle en France, en Belgique et au Luxembourg de BlackRock.

Les règles sur la liquidité de l’enveloppe, donc des sous-jacents, et la concentration des actifs constituent aussi un frein au développement de certaines stratégies au format Ucits, sauf à les dénaturer sensiblement. Lorsque l’enveloppe Ucits ne convient pas, les sociétés de gestion lancent désormais un FIA plutôt qu’un fonds offshore, comme pour le distressed securities, le fixed income arbitrage, le global macro ou les CTA. « Nous pouvons promouvoir activement les FIA auprès de nos clients et prospects, ce qui nous est interdit pour les fonds offshore. C’est un atout indéniable des FIA », précise Daniele Spada.

Souplesse

Car si le FIA est bel et bien plus souple que le Ucits, il reste une véritable enveloppe onshore régulée et contrôlée. « Les FIA n’en sont qu’au début de leur histoire. Il faudra du temps pour que cela devienne une marque. Mais il est essentiel d’avoir à notre disposition ce statut onshore commun à l’Europe », ajoute Fabrice Cuchet, qui prévoit de lancer un ou deux FIA cette année.

Le contexte actuel de taux d’intérêt négatifs renforce par ailleurs la problématique de recherche de rendement des investisseurs institutionnels. Dans ce cadre, les FIA, dont le couple rendement/risque est différent de celui des Ucits, ont une carte à jouer. « Nous rencontrons de plus en plus souvent des investisseurs institutionnels qui n’ont pas besoin de la liquidité quotidienne ou hebdomadaire des Ucits, atteste Fabrice Cuchet. Ils commencent tout doucement à s’ouvrir aux FIA dans un contexte de recherche de rendement. »

De son côté, Lyxor est en discussion pour le lancement d’un nouveau FIA et prévoit trois à quatre Ucits alternatifs cette année. « Nos encours en Ucits ont progressé de 35 % en 2015, soit une collecte de 500 millions d’euros, et nous comptons maintenir ce rythme dans les trois prochaines années », confie Daniele Spada. Ces produits sont commercialisés en Europe mais aussi en Amérique latine et en Asie. « Les clients asiatiques apprécient le format Ucits qu’ils connaissent bien, contrairement au FIA. De plus, dans certains pays comme la Chine, il y a des quotas qui limitent la vente directe de fonds offshore. Les Ucits alternatifs sont donc la voie royale pour se développer », ajoute-t-il.

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