Ossiam met tout en musique pour prendre un nouvel élan

le 03/03/2016 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion contrôlée par Natixis muscle sa force de vente interne et se prépare à prendre la main sur la Sicav luxembourgeoise qui lui est dédiée.

Ossiam a atteint l’équilibre fin 2014. Capture écran.

D’Annie Cordy à Gustav Mahler, la playlist des collaborateurs d’Ossiam présentée sur le site internet de la société de gestion rappelle que son nom même est musical : sur une partition, l’ossia – ou  « autrement dit » en italien – est un passage alternatif proposé à l’interprète. On comprendra dès lors que les président Bruno Poulin et directeur général Antoine Moreau considèrent comme «  impropre » le terme de « smart beta » pour lui préférer celui de « beta alternatif », car Ossiam souhaite proposer une exposition alternative aux marchés. Ce terme de « smart » est si porteur pourtant qu’Ossiam ne peut que s’y soumettre.

La société a fait, dès sa naissance en 2009, le pari de cette gestion quantitative systématique sur la base d’indices non traditionnels (non liés à la capitalisation boursière). Les fonds indiciels cotés (exchange-traded funds, ETF) apparaissent comme un choix naturel pour respecter le vœu de transparence et de tarification raisonnable.

Gage de confiance maintenue, Natixis Global Asset Management (NGAM) a renforcé l’an dernier sa part au capital (de 51 % à 62 %). « Nous avons estimé avoir franchi une première étape, avec une rentabilité positive depuis fin 2014 et des encours ayant triplé au cours des trois années précédentes », relève Antoine Moreau. La seconde phase de développement passe par une revue de la distribution, vers davantage d’autonomie. Alors que les forces de vente internes ont toujours couvert la France, NGAM avait pris soin de l’international. Une part de cet effort est en cours d’internalisation. Des « third party marketers » sont d’ores et déjà à l’œuvre au Royaume-Uni (où la présence de la société reste marginale) et en Italie, quand quatre vendeurs Ossiam prennent la responsabilité de la Suisse francophone, de la Scandinavie, du Benelux et de la péninsule ibérique. NGAM reste au front en Allemagne, en Autriche et en Suisse germanophone. L’Allemagne, marché historique pour Ossiam, représente encore près de 40 % des actifs sous gestion, à peine moins que la France. Et la société vient d’y recruter un « spécialiste produit » afin de soutenir les efforts des vendeurs généralistes NGAM. Plus loin, des premiers contacts ont été noués au Moyen-Orient. La part des institutionnels (un tiers des actifs pour l’instant) est, dans ce contexte, vouée à progresser.

Cap sur les taux

Ossiam a de plus engagé l’internalisation de certaines fonctions comme celles du middle-office ou des ressources humaines. En parallèle, elle devrait prochainement, sous réserve d’approbation des régulateurs, devenir société de gestion de la Sicav luxembourgeoise qui lui est dédiée, gestion pour l’instant déléguée par NGAM. « L’idée est de parvenir à des liens avec NGAM comparables à ceux existants pour les autres affiliés », relève Antoine Moreau.

«  Nous restons très sélectifs concernant le lancement de nouveaux produits », indique Bruno Poulin, que ce soit mi-2013 avec la stratégie de contrats à terme diversifiés sur matières premières ou avec les mandats et fonds dédiés (20 % des actifs aujourd’hui). Sans remettre en cause le positionnement spécifique sur le « smart beta », la gamme va s’étoffer. Pourquoi pas avec un produit « minimum variance » dédié à la zone euro, quand celui sur le Japon a été lancé en janvier 2016, et tandis que le partenariat exclusif avec le fournisseur d’indices chinois CSI n’a pas encore abouti à un projet concret de produit. Ossiam, en outre, étudie depuis longtemps l’opportunité de créer un produit de taux. Cela pourrait aboutir dès le premier semestre 2016. « C’est l’un des objectifs principaux de l’année », assure Bruno Poulin, qui sait que le succès d’une telle manœuvre passera encore par un temps d’acclimatation de la part des investisseurs. Ossiam souhaite également étudier en 2016 comment conjuguer ISR (investissement socialement responsable) et smart beta.

En 2015, le montant des actifs sous gestion est passé de 1,9 à 2,1 milliards d’euros, essentiellement grâce à la collecte, dont le rythme a ralenti (malgré des souscriptions voisines de 150 millions sur la nouvelle stratégie « Shiller » de rotation sectorielle), sur fond de yoyo des marchés. Sans afficher d’objectifs en termes d’encours, Ossiam entend, selon Bruno Poulin, « prendre sa part au sein d’un secteur attendu en croissance annuelle de 25 % à 30 % au cours des prochaines années ». Sur la base notamment de systèmes informatiques développés en interne, les dirigeants d’Ossiam estiment que la société pourrait, avec quelques recrutements ciblés, assurer la gestion d’un montant d’actifs double. Selon la partition co-écrite par Antoine Moreau, lui-même pianiste classique émérite.

Bruno Poulin, président, et Antoine Moreau, directeur général d’Ossiam.
ZOOM
Bruno Poulin, président, et Antoine Moreau, directeur général d’Ossiam.
(DR)
50 %, contre 80 % fin 2015, c’est la part possible d’ici trois ans dans les actifs sous gestion de la stratégie historique « minimum variance » grâce au relais pris par les autres stratégies.

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