Zone euro, une reprise à petits pas

le 27/08/2015 L'AGEFI Hebdo

Les pays membres connaissent des fortunes diverses. Le chômage reste élevé et le risque de déflation est toujours présent.

Vaille que vaille, les économies de la zone euro cheminent sur un sentier plat, plus proche d’un état de croissance sans ressort que de celui d’une reprise franche mêlant investissement des entreprises et création d’emplois. Le deuxième trimestre s’est terminé sur une progression de l’activité économique de 0,3 %, après 0,4 % pour les trois premiers de l’année, indique Eurostat. En glissement annuel, la progression du PIB arrive à passer au-dessus du pourcent à 1,2 %. L’avenir devrait être du même acabit ; le « tracker » de la banque Nomura annonce une croissance de 0,4 % au troisième trimestre, « un rythme sous-jacent inchangé de la croissance trimestrielle ». Dans ces conditions, les deux problèmes endémiques de la zone, le chômage (11,1 % de la population active) et la désinflation (0,2 % en glissement annuel) sont encore loin d’un début d’amélioration.

Le plus frappant est la multiplicité des situations nationales ou, dit autrement, le peu de convergence et de ressemblance entre les grandes économies : Allemagne, France, Italie, Espagne et Pays-Bas. Outre-Rhin, le principal ressort de l’économie reste les exportations qui, comme le souligne un commentaire de la Bundesbank, « bénéficient de la reprise continue des partenaires de la zone euro ». La demande intérieure est susceptible de prendre le relais au second semestre, ajoute la banque centrale. Après un premier trimestre tonitruant à 0,7 %, l’économie française renoue avec la croissance zéro. Le lourd recul de l’investissement des particuliers (-1,6 %) et une forte contribution négative des stocks (-0,4 point de pourcentage) annulent une contribution positive du commerce extérieur. Consolation, la croissance française atteint 1 % en glissement annuel et le taux de marge des entreprises se redresse. La stagnation au deuxième trimestre amène l’agence de notation Moody’s à considérer que la probabilité que « la France rate ses objectifs budgétaires 2015 augmente… avec des recettes fiscales en baisse de 1 % au premier semestre pour une loi de Finances qui repose sur une hausse de 1,7 % ».

Avec 0,2 % de croissance, l’économie italienne continue d’afficher d’importantes faiblesses bien que ce résultat trimestriel soit un des tout meilleurs depuis 2011, font remarquer les économistes de Nomura. Après trois années de contraction du PIB, la péninsule n’est plus en récession. Les économistes sont partagés pour la suite. Les réformes engagées par le Premier ministre Matteo Renzi commencent à porter leurs fruits : « Le ‘newsflow’ restera positif en Italie », notent les économistes de Natixis. Ces réformes seront-elles « suffisantes pour remettre le pays sur la bonne voie », s’interrogent, perplexes, les analystes de RBS, le contexte politique restant très incertain. Après deux bons trimestres (+0,6 % et +0,9 %), l’économie néerlandaise a connu un coup de mou (+0,1 %). L’institut de conjoncture CBS impute ce ralentissement à l’arrêt de l’extraction de gaz dans la région de Groningue qui a sérieusement pénalisé le PIB avec une contribution négative de 0,5 point. Dans ce décor de faible croissance, l’Espagne fait exception avec une hausse du PIB de 1 % ce printemps (la plus forte hausse trimestrielle depuis 2007) et de 3,1 % sur l’année glissante. Mais l’agenda politique qui se profile pour la fin de l’année pourrait ternir l’élan de l’économie ibérique.

Pressions désinflationnistes

Plus globalement, la zone euro va devoir digérer la crise grecque et surtout le ralentissement en cours de l’activité économique en Chine. Une baisse de 200 points de base de la croissance chinoise, à change fixe, diminue la croissance de 10 à 15 points de base en zone euro, ont calculé les économistes de Barclays. Ceux de RBS s’attendent à d’importantes répercussions négatives sur le secteur automobile en Allemagne et celui du luxe en Italie. Le ralentissement en Chine, couplé avec la baisse des cours du pétrole et des prix des matières premières, sera générateur de fortes pressions désinflationnistes et compliquera la tâche de la Banque centrale européenne dans sa lutte contre le risque de déflation. D’autant, comme le rappellent deux économistes de HSBC*, que les remèdes pour résorber le chômage structurel deux fois plus élevé en zone euro qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, passent par une plus grande flexibilité des salaires. Or ces remèdes, comme le montre l’expérience japonaise des années 90, s’ils parviennent à diminuer le chômage, accentuent les pressions déflationnistes : la leçon japonaise « suggère que la zone euro se fixe d’autres priorités en matière de réformes que les réformes du marché du travail ».

*« Unemployment, eurozone challenges, japanese lessons », Fabio Balboni et Izumi Devalier – HSBC global research.

La zone euro va devoir digérer le ralentissement en cours de l’activité économique en Chine

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