L’internationalisation du renminbi s’accélère

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

La diffusion du yuan doit s’élargir afin d’être plus en adéquation avec la transformation de l’économie chinoise.

L’internationalisation  du renminbi s’accélère
L’Asian Financial Forum s’est déroulé les 19 et 20 janvier.
(E. Murguet)
Accroissement des investissements chinois à l’étranger (551,82 milliards de yuans entre novembre et janvier, pas loin de dépasser les investissements directs étrangers en Chine), intensification des échanges commerciaux régionaux asiatiques réglés en yuans, émergence d’une nouvelle route économique de la soie, augmentation des réserves de banques centrales libellées en devise chinoise, multiplication des émissions obligataires en renminbi offshore, lancement du Shanghai-Hong Kong Stock Connect aux ordres de Bourse servis en renminbi, déploiement de produits de placements en renminbi au sein de la filière gestion de fortune de « Hong Kong, devenue ‘super-connector’ (’super-connecteur’) de la Chine continentale au reste du monde », selon Leung Chun-ying, chef de l’exécutif de Hong Kong… Tous les prétextes sont bons pour évoquer l’internationalisation de la monnaie chinoise. Comme cela a été le cas lors de l’Asian Financial Forum de Hong Kong (des 19 et 20 janvier 2015), qui y a consacré un atelier spécifique. L’internationalisation du renminbi n’est plus un concept. Aujourd’hui, elle progresse sur tous les fronts.

Une nouvelle route de la soie

Elle est « une condition de la mise en œuvre de la stratégie internationale du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping. Et cette stratégie, elle-même, aidera à promouvoir l’internationalisation du renminbi », analyse Chen Xingdong, responsable de la recherche macroéconomique Chine chez BNP Paribas.

La stratégie en question est l’expansion économique d’une nouvelle route de la soie, suivant la vision « One-belt and one-road » (« Une ceinture et une route »). La « ceinture » terrestre (« Silk Road Economic Belt ») relie la Chine à l’Europe via l’Asie centrale et de l’Ouest. La « route », maritime, (« 21st Century Maritime Silk Road ») est un itinéraire passant par le détroit de Malacca jusqu’à l’Inde, le Moyen-Orient, puis l’Afrique de l’Est. Afin de conduire les financements nécessaires à ce projet, la Chine a convaincu plus de 20 pays de rejoindre l’Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) en tant que membres fondateurs, sans compter la dotation de 40 milliards de dollars de son fonds « Silk Road infrastructure » ou la promotion de la Brics Bank.

Les autorités « pressent les entreprises chinoises de s’impliquer davantage dans ce programme », a confirmé Xu Ningning, président exécutif du China-Asean Business Council, lors de l’Asian Financial Forum. A cette même occasion, Tan Sri Dato Dr Michael Yeoh, directeur général de l’Asian Strategy and Leadership Institute (ASLI) en Malaisie, a assuré que, lorsque les connexions commerciales et financières entre les pays asiatiques concernés se concrétiseraient, « les échanges en yuans allaient s’accroître » de facto.

Levées de restrictions

La volonté de la Chine de renforcer sa position à l’extérieur est incontestable. Elle est incontournable «  en raison de la transformation de son modèle de croissance, de plus en plus associée à l’activité mondiale », explique Anita Fung, directeur général de HSBC à Hong Kong.

Clairement, le statut actuel du renminbi ne correspond guère à la stature de l’économie chinoise. Deuxième au monde en termes de PIB depuis 2010, elle abrite la deuxième capitalisation boursière mondiale depuis 2014. Pourtant, le renminbi vient tout juste d’accéder au cinquième rang des devises les plus utilisées de la planète, pour un peu plus de 2 % des paiements mondiaux en valeur, selon Swift. Ce montant équivaut à seulement un quart des échanges commerciaux de la Chine.

Réduire son exposition à la volatilité du dollar est aussi l’un des objectifs du premier détenteur au monde de réserves de change, de 3.840 milliards de dollars fin décembre (quadruplement en moins de dix ans). Le billet vert en représente la majeure partie.

Afin de relever le défi de l’internationalisation de sa devise, « le maintien d’un taux de change stable est fondamental. Des fluctuations extrêmes ne feraient qu’éroder la confiance internationale », insiste Chen Xingdong, anticipant pour 2015 une dépréciation maximum de 3 % du renminbi par rapport au dollar. Suivant son scénario central, le renminbi pourrait évoluer dans une fourchette allant de 6,0 à 6,3402 yuans pour un dollar.

Empêcher des fluctuations erratiques n’interdit pas à la People’s Bank of China (PBOC), la banque centrale, d’autoriser plus de souplesse de cotation du yuan contre dollar. Le taux de change évolue depuis mars 2014 au sein d’une bande de fluctuation quotidienne de 2 %. Fixée par rapport à un taux pivot établi chaque matin par la banque centrale, celle-ci est régulièrement élargie depuis 2005.

Le marché des changes n’est pas le seul domaine en transformation. Les autorités chinoises se sont « mobilisées rapidement afin de lever nombre de restrictions concernant l’utilisation du renminbi dans les transactions de compte courant mais aussi afin d’étendre progressivement son périmètre d’emploi dans les transactions de compte de capital (hors de Chine continentale) », observe la Banque des règlements internationaux (BRI).

En mars 2009, elles ont d’abord initié des accords de règlements en renminbi pour des échanges commerciaux entre des grands villes de Chine continentale et des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Les opérations transfrontières en renminbi ont été autorisées sur l’ensemble du territoire en août 2011. Ces transactions sont à l’origine de la majeure partie des liquidités en renminbi offshore, tandis que les règles permettant aux banques chinoises de prêter en renminbi à l’étranger s’assouplissent.

La BRI constate à ce égard que la Chine se positionne comme le premier banquier prêteur des économies émergentes : « En 2008, elle recevait 6 % des demandes transfrontalières provenant de tous les pays émergents, et 21 % de celles des pays émergents d’Asie. Mi-2014, ses parts de marchés s’élèvent à respectivement 28 % et 53 %. »

L’internationalisation du yuan s’accélère en invitant également les investisseurs internationaux à se positionner sur les marchés financiers chinois. Annoncé en 2002, le QFII (Qualified Foreign Institutional Investor) autorise, sous réserve de quotas d’accréditation, les investisseurs étrangers à apporter des dollars américains en Chine continentale, à les convertir en renminbi onshore (CNY), puis à les déployer en investissements de marchés.

Lancé en 2011, au départ à Hong Kong – puis, à partir d’octobre 2013, au Royaume-Uni, à Singapour, en France, à Taïwan, en Allemagne, en Corée du Sud, au Canada... et en janvier 2015 en Suisse –, le RQFII (Renminbi Qualified Foreign Institutional Investor) permet de son côté au renminbi offshore (CNH) d’être réinvesti en Chine continentale.

Les deux programmes donnent accès aux marchés obligataires, des actions, à toutes les classes d’actifs approuvées par la China Securities Regulatory Commission (CSRC). Depuis 2013, leurs utilisateurs peuvent demander l’autorisation de participer au marché obligataire interbancaire.

Ces assouplissements font le bonheur d’entités financières soucieuses de diversifier leurs actifs ou leurs sources de financement. Pour ne citer qu’elle, la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale) française, bénéficiant d’un accord avec la Bank of China (banque de compensation de la devise chinoise en France), a lancé le 28 janvier sa première émission en renminbi d’un montant de 3 milliards (424 millions d’euros).

Incontournable Hong Kong

Si la plupart des places financières tentent de s’octroyer des parts du marché des échanges de renminbi offshore, Hong Kong en demeure de loin le premier acteur. Les dépôts en renminbi (certificats de dépôt inclus) y dépassent les 1.100 milliards. « En novembre, plus de 220 banques participaient à notre plate-forme de compensation en renminbi », précise Leung Chun-ying : Hong Kong est depuis longtemps « la passerelle de l’investissement direct du continent, représentant environ 60 % des flux dans les deux directions ».

Il est naturel que la première connexion directe de Bourse de Chine continentale (hors RQFII), en l’occurrence le Shanghai-Hong Kong Stock Connect, se soit effectuée via Hong Kong. Sur un modèle similaire, la liaison directe avec Shenzhen pourrait être confirmée cette année. « La prochaine étape est la reconnaissance mutuelle des fonds d’investissement. Les maisons de Hong Kong pourront les vendre en Chine et vice et versa », indique Xiao Gang, président de la China Securities Regulatory Commission. L’internationalisation du renminbi ne fait que commencer.

L’appétit des banques centrales grandit

« Le renminbi n’est pas une monnaie de réserve », entend-on souvent dire. Il est vrai que le Fonds monétaire international (FMI) ne le reconnaît pas comme tel, même s’il prévoit de débattre dès cette année de son intégration au panier de monnaies utilisé pour le calcul des droits de tirage spéciaux (DTS). Pourtant, de plus en plus de banques centrales – de pays émergents, tel le Nigeria, ou de pays développés, comme l’Australie – déclarent détenir du renminbi dans leurs portefeuilles. Selon l’Asia Securities Industry and Financial Markets Association (Asifma), plus de 30 banques centrales ont en outre commencé à investir en obligataire chinois onshore. Bien que les montants alloués par les banques centrales aux investissements en renminbi paraissent encore limités (estimés à environ 300 milliards de renminbi, moins de 1 % du total des réserves de change), ils pourraient dépasser ceux en yens ou en livres sterling dans les prochaines années, estime Standard Chartered. Depuis 2008, la banque centrale (People’s Bank of China – PBOC) a signé des accords d’échange de devises (« local currency swap facilities ») avec une trentaine de banques centrales, dont la Banque centrale européenne en octobre 2013.

 

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