Un homme, une équipe

Guillaume Rambourg joue les actions « long-short » avec Verrazzano

le 11/06/2015 L'AGEFI Hebdo

La société de gestion créée en 2012 à Paris ambitionne de devenir une référence dans la durée tout en restant un « pure player » sur les actions européennes.

Guillaume Rambourg joue les actions « long-short » avec Verrazzano
Karim Moussalem, cogérant - Murielle Maman, directrice des opérations (COO) - Guillaume Rambourg, fondateur, directeur des investissements (CIO), cogérant- Nicolas Motelay, directeur marketing
(Pierre Chiquelin)

Ex-gérant star de Gartmore, Guillaume Rambourg avait créé la surprise en annonçant le lancement de son hedge fund début 2012, et à Paris plutôt qu’à Londres ou en Suisse. Pour rappel, cet ancien élève d’Henri IV diplômé de l’Essec était devenu, à partir de 1999 avec son collègue Roger Guy, un pionnier de la gestion «  long-short equity » en Europe. Leur succès avait permis à Gartmore de décrocher le prix du meilleur fonds « long-short » européen en 2001, 2006 et 2009, avec +260 % de rendement sur dix ans. Mais juste après sa cotation en Bourse, la société a subi une enquête du régulateur qui, bien que s’avérant sans objet, aura été dans l’intervalle synonyme de vente à Henderson et de départ pour les deux gérants.

Pas de quoi décourager ce marathonien aguerri, pour qui le célèbre pont Verrazzano, départ de la course new-yorkaise, « symbolise l’effort, la préparation et la performance régulière ». Sa société de gestion du même nom s’établit donc en 2012 en France, « où l’écosystème est moins pénalisant qu’il n’y paraît ». Dès le départ avec une équipe de 17 professionnels, dont 3 associés à ses côtés : Murielle Maman (fondatrice de Lyxor, puis responsable des plates-formes de fonds alternatifs Ucits chez Merrill Lynch) comme directrice des opérations ; Karim Moussalem (ex-responsable du trading Delta One de Goldman Sachs) comme cogérant ; puis Nicolas Motelay (ex-coresponsable monde du marketing chez Oaktree) comme directeur marketing à Londres (depuis 2014). « Nous avons eu la chance de pouvoir créer une société de gestion ‘indépendante’ grâce à nos fonds propres, à la confiance d’investisseurs amis et d’un fonds de pension britannique. »

Après trois ans, la gestion « long-short » représente plus de 1 milliard de dollars d’encours entre la stratégie Opportunities (800 millions en comptant aussi deux fonds Ucits – dont celui labellisé Neuflize OBC France –, et un mandat) et la stratégie Focus (200 millions). Les deux se distinguent notamment par leur plage d’expositions nettes : plus large pour la stratégie Focus car elle est aussi plus « concentrée », avec 20-30 valeurs, que la stratégie Opportunities (40-80 valeurs), et qu’elle utilise potentiellement plus de levier (jusqu’à 250 %). Avec la stratégie « long only » Actions Europe (400 millions), lancée fin 2013, elles suivent le même processus d’investissement et, pour l’essentiel, les mêmes idées fondamentales, bien que le «  long only » ait un objectif de performance relative. « Cette coexistence entre stratégies absolues et relatives est pour moi un atout depuis quinze ans. Elle sert notre ambition de devenir, dans la durée, une référence en gestion Actions Europe », annonce Guillaume Rambourg.

Règles d’or

Pour trouver des idées dans un univers d’investissement de 300 large caps, il appelle des bureaux d’analyse tous les matins avant-Bourse : « Ecouter leurs recommandations est très instructif... S’ils ne parlent que macroéconomie et géopolitique, c’est que l’environnement n’est pas propice aux actions, comme fin août 2014. » La réunion quotidienne avec Karim Moussalem et les trois analystes (accompagnés de deux traders au sein de l’équipe d’investissement) permet de confronter les idées, et de lancer ces derniers sur des pistes de recherche et sur la rédaction d’une note interne avant toute prise de position « core » (conservée 6 à 18 mois).

A partir de 100-150 idées d’investissement, les deux gérants construisent ensuite seuls les portefeuilles. « Ce schéma où les analystes travaillent éloignés des marchés et sont les seuls à rencontrer les dirigeants d’entreprise nous permet d’avoir du recul par rapport à ces dernières, mais demande aussi une grande confiance mutuelle », poursuit Guillaume Rambourg, avant de lister ses règles d’or : éviter toute décision émotive et les idées préconçues, savoir aussi accompagner les tendances, réévaluer constamment le portefeuille, etc. La construction du portefeuille dépend d’abord des convictions, du couple risque/rendement évalué (avec un minimum de 15 % de rendement visé), de la bonne gestion des plages d’expositions nettes, et de l’agrégation entre les idées.

La stratégie Focus laisse moins de place aux positions « tactiques » (3 mois), déclenchées par des anomalies de marché, des annonces inattendues, des situations purement techniques liées aux flux/au flottant (comme sur Hermès ou Roche). Les positions « core » anticipent, elles, plutôt la surprise et un véritable changement liés à des performances relatives, des avantages industriels/compétitifs, des potentiels de croissance ou de restructuration mal identifiés par le consensus (comme sur Eiffage ou Peugeot). « Sans a priori sur le fait de devoir ou non vendre en face d’une position acheteuse (Credit Suisse vs UBS ou Peugeot vs Fiat). En revanche, nous sommes tous deux très attentifs à ne pas faire d’une idée ‘court terme’ une idée ‘long terme’ », expliquent Guillaume Rambourg et Karim Moussalem, le premier insistant alors sur l’expérience « cross-market » du second : « Un gérant ‘long-short’ doit être beaucoup plus ‘connecté’ aux marchés car le fonds est aussi plus sensible. »

Culture du « stop-loss »

Règle absolue chez Verrazzano : savoir couper les positions avec, pour chaque investissement, un objectif de prix de sortie à la baisse comme à la hausse – « nous tenons à cette discipline rigoureuse mais payante sur long terme, même si elle est parfois frustrante à court terme dans certaines configurations de marché, comme en octobre 2014 où 40 % du portefeuille ‘long’ fut ‘stop-loss’ ». Cela impose de surveiller tous les risques en temps réel (Value-at-Risk, limites sectorielles, géographiques, contreparties, etc.), notamment les positions les moins liquides pour pouvoir sortir vite... « Nous pouvons en permanence liquider 95 % de notre portefeuille en deux jours de Bourse, sans dépasser les 25 % de volumes d’échanges quotidiens sur chaque titre », rappelle Murielle Maman, qui ajoute une dernière règle clé : « Avoir structuré dès le départ une plate-forme opérationnelle* complètement séparée de la gestion, car cette ségrégation est indispensable au bon fonctionnement d’un ‘hedge fund’. »

Le track record de trois ans des fonds « long-short » affiche de belles performances annuelles, en ligne avec les objectifs, leur faible exposition nette et leur sensibilité aux positions « tactiques », et surtout une volatilité réelle inférieure de moitié à celle annoncée. « Ces rendements représentent beaucoup d’alpha couplé à notre souci de préserver le capital », rappelle Karim Moussalem. « C’est cette gestion prépondérante du ‘downside risk’, habituelle dans le crédit, qui m’a attiré », note aussi Nicolas Motelay, avant d’insister sur les perspectives : « Nous voulons encore diversifier nos investisseurs, aujourd’hui 55 sur les différentes géographies et principales typologies de clients (fonds de pension, banques privées, fonds de fonds, ‘family offices’, etc.), et ‘institutionnaliser’ une marque forte sur le risque Actions : le service doit être irréprochable, la performance ne suffit plus. » Toujours cette recherche de longévité.

*7 personnes entre middle/back-office, reporting/valorisation, relations/contreparties, conformité, risques, etc.

Son parcours

Guillaume Rambourg, 44 ans, PDG-fondateur et cogérant.

Essec (majeur finance).

1994 : service volontaire à l’Union Européenne de CIC à Londres.

1995 : entre chez Gartmore IM en tant qu’analyste « large caps equities ».

1997 : devient cogérant, avec Roger Guy, du Gartmore European Selected Opportunities Fund (« long-only »).

1999 : crée, avec Roger Guy, l’AlphaGen Capella Fund (« long-short » Europe).

2003 : devient associé de Gartmore.

2005 : lance, avec Roger Guy, le AlphaGen Tucana Fund (« long-short » Europe).

2010 : quitte Gartmore alors qu’il cogérait (toujours avec Roger Guy) plus de 10 milliards de dollars d’actifs (sur 25 au total).

2012 : crée Verrazzano Capital à Paris ; 1,4 milliard de dollars d’encours aujourd’hui.

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